Le dialogue (tonton, pourquoi tu tousses ?)

Publié le par Filaplomb

Article n°203

UnionStockyards.JPG
Sheep at Union Stockyards [Minnesota - 1931] (photo de Peter Schwawang).



C'est pratique la technologie, ça permet parfois d'enregistrer des conversations dans les entreprises.
Ici, ça se passe près de la photocopieuse :

Le cadre : …Bon mais là-bas, c'était peut-être comme ça mais euh… ici
Elle_1 : …Non, mais même pas, dans toutes les boutiques, dans toutes les boutiques, ils font les photocopies en magasin
Le cadre : …mais non, non, non,
non, non
Elle_1 : bin si !


[un blanc]

Le cadre : on ferme, maintenant on arrête (d'un ton calme)
Elle_1 : bin, vous voulez qu'on facture au C.E ? (elle propose une solution !)
Le cadre : Non, non (son ton se durcit légèrement) c'est pas le C.E. qui paye… C'est le C.E. qui fait grève !
Elle_1 : Mais alors qu'est ce qu'on fait si on doit faire des photocopies ?
Le cadre : vous allez au syndicat ou vous allez payer sur la cagnotte du syndicat
Elle_1 : c'est
PAS un truc syndical, on vient de vous dire
Le cadre : alors c'est quoi !
Elle_1 : Ecoutez, regardez, c'est pas syndical. Y'a pas marqué, voyez.
Le cadre : attendez, faites voir la
[inaudible]
Elle_1 : voilà

[bruits de feuilles]

Elle_1 : voyez, vous avez bien vu, c'est pas marqué syndicat
Le cadre : Ah ! Intersyndical de Laville !
Elle_2 : Et ne pas jeter sur la voie publique, c'est propre
Le cadre : gniaah ah ah
(grand rire sonore)

Le cadre : nan, mais j'suis désolé mais c'est… c'est
Elle_1 : bin attendez, on va appeler… on va appeler… on va appeler qui pour se plaindre ? Attendez, je n'ai jamais vu ça.
Le cadre : on est dans la merde ?
[légèrement narquois]
Elle_1 : oui,  oui, si j'avais su, si j'avais suuu
Le cadre : bon, allez au C.E., allez au C.E.
[condescendant]
Elle_1 : c'est dommage, si j'avais su ce matin que vous, que vous n'êtes pas enclin pour les photocopies, j'vous aurais demandé. Parce qu'honnêtement, c'est la première fois, c'est la première fois que j'entends ça.
Le cadre : nan mais les photocopies, on va pas y passer…
Elle_1 : c'est bien la première fois que j'entends ça !
Le cadre : et bin, c'est bien dommage

 
En France, on trouve normal qu'une femme de président monte une association pour aller quêter les pièces jaunes [dans toutes les contrées hostiles de la grande province du pays] mais on pense archaïque d'adhérer à une association de travailleurs.

Par exemple, vous avez des associations dans la police qui s'occupe de savoir ce que pense le plantons de service [sous son casque et derrière sa matraque : un travailleur] pour ensuite aller le négocier auprès de la direction.

Un syndicat, quoi.

Par exemple, là où tu travailles, si la distance ne te permet pas de rentrer déjeuner, tu aimerais bien avoir les tickets restaurants. C'est pas un truc très important, voyez, mais tu te sentirais un peu mieux considéré. Au lieu de cela, tu manges mal et ton travail s'en ressent.

Avec le poids d'un syndicat derrière toi, ta demande serait mieux entendue.
Et pas seulement sur les repas moins chers.

Enfin, si ton patron n'est pas à la traîne comme la majorité du patronnat français.
Le dialogue social pour eux, c'est un chef qui donne les ordres et un employé qui dit merci quand il reçoit son chèque.

_A quoi ça sert de discuter ? Tu fais le boulot, pis c'est marre…

Ils ne veulent pas comprendre que si l'entreprise, par exemple, finance une crèche pour le personnel [ou une pour plusieurs entreprises du site], ça facilite la vie des employés et donc, ça améliore le travail.

Ce qui est intéressant, dans ce dialogue retranscrit par mes soins, c'est qu'on voit bien lequel des deux est dans le blocage. Je ne sais pas ce que dit le droit au sujet des photocopies, mais la syndicaliste cherche à trouver une solution, elle est constructive, elle dialogue.

Le cadre, lui, on sent bien qu'on lui a gravé dans les neurones «syndicat=menace» et qu'il est convaincu d'avoir à faire à de dangereux subversifs. Il ne discute pas avec des collègues : il affronte l'avant garde du gauchisme exacerbé, il éteint la vague dont le souffle risque de sauter à chaque instant mais il le fait tout en restant bien coiffé et propre sur lui.

En réalité, pensez-vous qu'il fasse avancer son entreprise ?

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filaplomb 08/04/2007 10:36

Aymard : bienvenu sur ce blog.
Pour que le syndicalisme soit plus fort, ça commence par le fait de se syndiquer soi-même ! :-)

Lutine : je voulais signaler effectivement le 200ème et puis je sui parti pour le laisser… Mais comme mon résumé de début d'article (qui pourrait revenir bientôt !), ça disparaitra à un moment ! :-)


WGG : pffff…………

Lutine 08/04/2007 10:11

Parce que tu comptes tes articles.

Je pensais que tu ne le ferrais que pur le 200ème ;-)

aymard 07/04/2007 18:05

Il y aura toujours un abîme entre le patronat et les ouvriers. Le but des uns est d'engranger, celui des autres de manger. Le trait d'union entre les deux pourrait être le syndicalisme, mais ce dernier est hélas trop faible. Moralité, le patron s'enrichit et l'ouvrier se paupérise et l'état entretient ceci.
Allez voir sur mon blog, vous y trouverez mon livre "vues de la France d'en bas" (un français parle aux élus) qui vient de paraître. Vous serez surpris de découvrir que le français moyen peut avoir des idées. Vous pouvez vous procurer ce livre dans les conditions décrites sur le blog.

filaplomb 07/04/2007 16:52

Lutine : ca dépend en combien de temps ! C'est par principe infini (donc inimaginable !).
Pourquoi cette étrange question ?
:-)



AK7 : encore un peu j'étais armé…

Lutine 07/04/2007 16:44

Fil,
Tu sais compter jusqu'à combien ?