Mercredi 13 juin 2007
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Romain Gary par Jean-Loup Sieff
«Les lits m'ont toujours posé des problèmes. S'ils sont étroits, pour une seule personne, ils vous foutent dehors, en quelque sorte, ils vous coupent vos efforts
d'imagination. Ça fait I, sans ambages, sans ménagement. "T'es seul mon vieux, et tu sais bien que tu le resteras." Je préfère donc les lits à deux places, qui s'ouvrent sur l'avenir, mais c'est
là que se présente l'autre côté du dilemme. Les dilemmes sont tous des peaux de cochon, soit dit en passant, j'en ai pas connu d'aimables. Car avec un lit pour deux chaque soir, on se sent encore
plus seul que dans un lit pour un, qui vous donne au moins l'excuse de dormir seul.»
Emile Ajar - Gros Calin - 1974
Romain Gary, ici caché sous un pseudo, reste mon maître en écriture. Notamment ce roman où tout le langage dérape, glisse vers
le non-sens et virevolte, échappe à la logique pour souligner et exacerber le sentiment d'extrême solitude du personnage. Autre exemple :
«Il fait nuit et je le dis comme je le pense enroulé intérieurement en moi-même, là où ça chante avec danses populaires, flûtes, coquelicots et sourires d'amitié.
Dans le noir, on peut tout se permettre. On disait jadis que les murs ont des oreilles qui vous écoutent mais ce n'est pas vrai, les murs s'en foutent complètement, ils sont là, c'est
tout».
A lire absolument.
20
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