L'intime [exposition temporaire !]

Publié le par Filaplomb

Cet article sera long et je vous conseille de garder à portée de main de quoi vous encourager à la lecture patiente. Je vous ai aménagé ici et là quelques aires de repos afin que vous puissiez boire un coup, fumer une clope ou vous consacrer à toute activité de pause avant de reprendre la lecture. Cela ne vous enlève en rien le droit de zapper si le sujet est ennuyeux.
Un article un peu sérieux, qui ça intéresse, hein ? [bande d'assoiffés par tous les trous de serrures !]




PREMIÈRE PARTIE :
Intimité et Espace publique
ou comment l'auto-fiction n'a rien d'une pornographie.


C'est un peu comme de se retrouver en caleçon au milieu de la cour du collège. Avec tous les gens aux fenêtres qui ne se moquent pas mais qui vous applaudissent. Comme s'ils ne se rendaient pas compte que vous n'êtes qu'en train d'exposer au grand air toutes vos intimités. Vous êtes, pour vous mêmes, exposés à tous en caleçon et on vous applaudit…

Si j'essaie de mettre des mots sur ce que je ressens, à ce propos, c'est à peu près ça.

Est passée dans ma vie une amie dont le métier consistait à guider des personnes vers l'état d'acteur. On devient coiffeur, on apprend la mécanique mais on EST acteur.
Elle était donc leur prof et leur premier public comme une mère est nourricière et, bien qu'admirative, toujours très exigeante envers sa progéniture.

Elle me fit,
un soir de restaurant, ce cadeau incroyable, de lire à l'assemblée des dîneurs, une de mes nouvelles. Vous n'êtes pas sans ignorer que j'ai par ailleurs, la prétention de me penser auteur. Je ne dis pas que des conneries, j'en écrit aussi !

Or donc, voilà qu'elle se lève, acquiert par je ne sais quelle magie l'attention des estomacs affamés et pose soudain dans l'air, chacun de mes mots. Et que ceux-ci se mettent à faire une histoire que j'écoute. Car, dite avec son souffle à elle, je reconnais mon dire et mon vocabulaire, la sphère de mes velléités langagières, mais cela me revient sur une autre musique.

Mes phrases, mes intentions, la petite émotion que j'avais pourtant planquée au détour d'une banalité, elle débusque jusqu'à la dernière petite bête du langage. C'est un peu comme à la statue de bois retrouver la trace du ciseau du sculpteur pour raconter l'histoire de l'arbre que c'était.

C'est le seul moment, me semble-t-il où je peux véritablement entendre le résultat de mon travail sur le texte. Quand, par l'appropriation d'un tiers, je peux m'en détacher, en perdre toute idée de paternité. Quand je peux devenir un simple spectateur du résultat final.

Je souligne aussi qu'il me faut alors accepter, par cette captation par un autre être humain, que le texte soit terminé. Non pas qu'il soit parfait, car il ne l'est bien sûr jamais. Mais simplement qu'y retoucher encore ne ferait qu'apauvrir ce que j'ai peaufiné. Que j'ai atteint le point au-delà duquel je ne peux pas encore aller.



Bon, on se fait une pause, non ? Ça va ?
Si vous commencez votre lecture ici, voici pour vous, bande de feignasses, le Résumé de la première partie :
L'auteur de cet article raconte le décalage qui existe, d'après son vécu personnel, entre écrire qui est un acte intime et la représentation public du résultat de cet acte. Si vous ne comprenez pas cette phrase, vous n'aviez qu'à lire la première partie.




DEUXIÈME PARTIE :
Espace publique et intimité
ou comment l'impudeur est une nécessité


Et hier soir, j'ai enfin rencontré Tom [pour les nouveaux lecteurs, je vous conseille de suivre ce lien pour découvrir qui est Tom et comprendre la suite] et je l'ai vu sur scène chanter mes mots.
Au fin fond du pays toulousain au milieu de nulle part, au FestiFête de Saint Quirc. A peine en  Ariège, pas véritablement une place remarquable, un village tellement rare que la route s'en détourne. [Je vais carburer sur Google avec mes infos sur le Festival de St Quirc tellement ils ne font pas les bons efforts pour se faire connaître].

C'est très étrange de découvrir quelqu'un lorsque ce quelqu'un chante vos propres mots. Pas une chanson écrite exprès pour lui mais bien un extrait de ma biographie. Ce poème, écrit pour une personne particulière à un moment particulier de mon existence, fait partie de mon vécu amoureux.

Mais passé par sa guitare, glissé par sa voix et brillant dans son regard, cela devient, se transforme, cela est simplement une histoire de sentiments qu'il fait siens. Le talent du chanteur, et d'autant plus si comme Tom, il est aussi compositeur, est de réussir à transmettre l'émotion particulière du verbe, pour que chacun se l'approprie.

Ainsi, un tube, ce n'est pas vraiment de la vente en masse d'une chanson mais bien chacun d'entre nous qui, ému par quelque chose dans une œuvre musicale, nous l'accaparons.

Je transmets mes émotions par des mots que je donne à lire. Il y a une sorte de masque dans cette matière papier. Je ne me montre que par ces mots que je tricote. J'expose à chacun mes intimités mais repeintes d'un vocabulaire paravent.

Tom, à l'inverse, monte sur scène et se montre. Il expose à chacun son être pour dire son état intérieur. S'il chante qu'il veut devenir l'ombre de son chien, il doit être exactement cela. Comme Jacques Brel était réellement déçu quand il était sur scène que la Madeleine ne vienne pas. Cela se passe dans la démonstration du sentiment.

Et c'est justement cette sorte d'impudeur, le type qui met ses boyaux sur la table pour démontrer ses blessures, qui permet de comprendre l'émotion et de vous la faire ressentir.

L'art du spectacle, c'est ainsi d'habiller de l'intime pour le rendre présentable…



Ça va ? Vous avez réellement lu tout ça ?
Si vous avez été rattrapé par la flemme ou la conjonctivite, voilà pour vous, bande de neurones amollis, le Résumé de la deuxième partie :
L'auteur de cet article énonce ci-dessus, que le masque du papier ou l'exubérance sur scène sont deux manières complémentaires de dévoiler sa propre intimité.
Vous pouvez reprendre une activité normale.


[Mots-clés : chanson, auteur, paroles, Polyglotte, Saint Quirc, art du spectacle, slip ou caleçon ?]

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Commenter cet article

filaplomb 21/06/2007 23:17

Alayaya : Désolé…Pas mieux pour l'instant, je sais c'est peu ! :-)Lo' : bienvenue par ici ! :-)Je ne suis pas très sûr d'avoir réussi à dire ce que je voulais dire non plus !Juste marquer la différence entre la mise en scène et l'écriture… Peut-être !!! :-)

Lo' 21/06/2007 20:58

J'avoue j'ai lu les deux résumés. Mais comme j'ai rien compris, j'ai lu l'article. Je crois avoir compris. Mais entre croire et être sûre y'a de la marge. Mais bon, qui ça intéresse que mes neuronnes soient en vacances?

Alayaya 21/06/2007 19:55

Mon commentaire ? Mais comment on le fait taire ???Filaplomb, tu les empiles à fond... Ne me prends pas au mot, je ne pouvais que céder à l'envie d'en faire un bon, à tes dépens. Toi, tu te répands, moi, je m'en repens.A bientôt !

filaplomb 21/06/2007 12:21

MadameDeKeravel : je voulais essayer d'expliquer que l'écriture est un acte intime et que retrouver ce résultat sur scène et dans la bouche d'un autre est étrange !Merci de ta lecture patiente ! :-))[Tu as raison, ce n'est pas du temps gâché !].

madamedekeravel 20/06/2007 08:17

Voilà comment je comprends les choses :- quand je donne mon texte à lire, l'interprète se l'approprie et je l'entends comme si ce texte était étranger à moi- quand je donne mon texte à chanter, c'est l'interprète qui expose son intimité, c'est lui qui prend les risquesJ'ai rien compris ? c'est pas ça que tu voulais dire ? bon ben j'y retourne ! Mais avec tout ça j'ai paumé une plombe, faudrait peut-être que j'aille bosser ...(comment ça "paumé" ! mais très chère, le temps passé à lire et à méditer n'est pas du temps perdu !)(d'autant que ce n'est pas lire n'importe quoi mais lire de la littérature vraie, avec de la poèsie et du sentiment)(du sentiment ! mais vous devenez obscène très cher !)bon ce coup-ci j'y vais !