La vie [de 20 à 30.000 jours !]*.

Publié le par Filaplomb

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Yuri Dojc - Série «Amourous nature» [je vous conseille la visite]



Qu'on est là à chialer comme si que les yeux étaient de la même matière que les joues et que les joues elles-mêmes deviennent liquides.

Qu'on est là à trembler du menton, à avoir comme des envies de se déchirer la peau avec ses propres griffes d'animal. Comme s'il était nécessité de laisser sortir le sang du chagrin par les pores de la douleur.

Comme si la douleur était bien quelque chose en nous-même, n'est-ce pas, et que ce serait plus facile de disposer d'un interrupteur momentané de son être.

Pris qu'on est dans la grande masse du malheur qu'est tombé sur nos épaules,
on psalmodie que plus jamais plus jamais plus jamais. Avec le peu d'énergie qu'il reste avant de nous dissoudre dans cette soupe de fatigue.

Que même alentours, soudain l'air semble manquer aux poumons. Qu'on pourrait dire que c'est comme si qu'on se noyait mais à l'intérieur de soi.

Pis qu'on est là, encore, des heures durant, avec le ventre à saute-moutons toute la nuit mais sans jamais dormir. Les yeux brûlant de fatigue pourtant et les terminaisons nerveuses qui partent en claquettes sur l'ensemble de l'épiderme.

Et puis quoi ?

Y'a des lendemains qui viennent, non ? Y'en des soleils, y'en a tous les jours, si on prend pas celui-là, on prendra le prochain.

Et puis, sur la durée, ça représente quoi la douleur ? Cette douleur.
Pas même ça, entre le pouce et l'index.

Le geste.

Autant dire rien du tout, un détail, un résidu de crotte de mouche au fond l'univers.

Il y a une chose formidable qu'apprend la maturité, c'est la succession des saisons. On sait avec certitude que tout se succède et que rien n'est vraiment très important. On grandit, on découvre ce qui nous entoure, on apprend des autres, on échange, on discute, on voyage un peu plus loin si on peut, on essaie de profiter de ce qui nous est offert à chaque instant.

Autant vous dire que cela relativise énormément les tracas du quotidien qui ne cessent de nous interpeler. On sait que la vie est là, toujours disponible. On découvre surtout qu'elle ne veut aucun mal à personne et que s'en plaindre ne change rien à rien…


*J'emprunte ici le titre
d'une chanson de Françoiz Breut

Mots-clé [dépression, joie de vivre, maturité, crotte de mouche, Nicolas Sarkozy].

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Florence 28/06/2007 21:49

Petit cadeau pour l'ami Filaplomb:
http://poesie-erotique.typepad.com/
Cela fait deux soirs de suite que je trouve les poésies érotiques dans mon AutoRoll. Je n'ai pas pris le temps de lire et parcourir la chose alors cadeau pour Filaplomb ! :-)
Moi tu sais, je n'ai plus le goût de ces choses-là en ce moment ! ;-)

filaplomb 28/06/2007 19:13

Merci Cat ! :-)))La série de photos est plutôt érotiques mais celle-ci collait bien au sujet, trouvais-je…

Cat 28/06/2007 19:11

J'aime beaucoup,et il gagne à être lu...et relu!superbe,Fil,et très belle image aussi,un vieillard assis,noué...

filaplomb 28/06/2007 17:07

Alain : pour le boudhisme, ça se discute. Dans la vraie pratique du boudhisme il y a des "contraintes" qui font que ça tombe dans religion et non plus simple sagesse de vie ! Pour moi, c'est une religion.Mais à ma connaissance, ce n'est jamais une religion agressive, ce qui la met à part effectivement. Elle n'a surtout pas de volonté de conquête comme les religions monothéistes…Franssoit : je pense que le stimuli est dans le ton de l'article; Cette sorte de détachement des petits malheurs quotidiens que je préconise, ça fait un peu boudhiste en effet…[Titille-moi le stimuls, ça fait quand même une jolie phrase, je la recaserais !!! :-) ].Zab : Merci !Je suis dans une série artistique (j'ai abandonné les moutons pour ceux qui suivent !) et çaprend parfois du temps ! L'image est choisie après l'écriture et il faut donc coller au texte…Cette série de ce photographe est extraoridianire, je trouve ! :-))

zab 28/06/2007 16:59

Ton texte est magnifique, plein de bon sens et d'une grande sagesse ; ça fait du bien. Et la photo est fabuleuse, je vais aller voir les autres.