Période Norvégienne {c'est nourrissant !]

Publié le par Filaplomb

Résumé : ma vie en Norvège avec ma sœur, mannequin et mon père qui tient un restaurant.

Citation : «Il suffisait qu'elle passe et il étaient comme des brindilles : prêts à s'enflammer».

C'est quand ma sœur a fêté ses seize ans que la famille a commencé à partir en couille. Il faut dire qu'elle était grande et mince et que tout le monde la remarquait dans le quartier. Au début, quand elle était gamine, les garçons l'appelait la brindille ou le haricot vert, suivant leur humeur, je suppose. Mais après, quand elle a plus été tant gamine que ça, les gars ne l'appelaient plus du tout et restaient là à la regarder passer. Il suffisait qu'elle passe et ils étaient comme des brindilles : prêts à s'enflammer.

Evidemment, elle s'est très vite fait remarquer. Elle s'est mise à partir de plus en plus régulièrement à la ville par le car pour aller faire des photos et puis travailler avec le tailleur aussi. Elle restait des heures debout devant une glace pendant qu'il allait et venait autour d'elle, allait et venait autour d'elle, marmonant des choses dans sa langue d'épingles et replaçant ici et là, un pan de tissu qui s'acharnait à ne pas sufisamment l'embellir. Tout cela s'est passé super vite, en réalité…

Mes parents, je pense qu'ils trouvaient ça bien. Ils avaient l'air contents pour elle et bien sûr toute cette beauté, quelque part, c'est un peu eux qui l'avait créée. Le résultat de leurs efforts. Je suppose qu'ils éprouvaient de la fierté, une sorte de fierté. En tout cas, par dessus tout, ils  voulaient préserver la famille. C'était ça qui comptait pour eux : préserver la famille.

Alors, ma sœur, quand il a fallu qu'elle aille vivre en Norvège parce qu'un Grand Maître du Coupage et du Cousage de Tissu la réclamait auprès de lui, nous sommes partis, tous ensemble, habiter la Norvège. C'était dans l'ordre naturel des choses : puisque nous ne pouvions pas nous opposer au destin de notre sœur, nous allions le suivre tout comme s'il avait été aussi le notre. Ça a duré pendant des mois. Et les mois norvégiens sont bien plus longs que les autres mois d'Europe !

A tel point que mon père, qui commençait à s'ennuyer ferme dans son chalet norvégien, a soudain décidé de s'activer : il allait ouvrir un restaurant.

C'est vrai qu'il cuisinait bien. Il avait déjà de l'expérience ! Chaque fois que ma mère partait quelques jours (juste le temps de nous pondre un nouveau petit), mon père nous nourrissait de succulents petits plats. C'est à peine si mes quatre frères, mes deux sœurs et moi ne regrettions pas, certaines fois, le retour de Maman (et d'une nouvelle bouche à nourir toutes les deux heures sauf à supporter les sirènes interminables de la larve à peine née). Mais de là à se lancer dans la restauration !

Il le fit pourtant et plutôt bien. Nous avions, au bout de quelques semaines, notre lot d'habitués qui, bien que peu nombreux, nous rassuraient quant à la conviction paternelle.

Ma sœur préparait maintenant son mariage avec le fils du
Grand Maître du Coupage et du Cousage de Tissu (dont elle aimait la peau aussi blanche qu'un rømmegrøt de campagne m'avoua-t-elle un soir de confidences entre filles ET sœurs) et mon père avait eu raison, finalement, dans son intuition de s'installer ici. Un peu comme si son ennui soudain avait été un message, un signe, un instinct, …

Peu à peu, nous avons repris notre petite vie d'avant mais en Norvège. Nous gardions régulièrement mes 2 neveux et ma nièce. Mon père leur préparait de la "couiZZine frankaïse" qu'il prononçait avec un faux accent norvégien qui faisait s'éclater de rire les enfants.

La seule tristesse qui nous reste, est aussi régulière que la lumière sur le long horizon norvégien. Chaque année, fin mai, nous parvient par La Poste locale, le nouveau guide Gaule-et-Maillot de la Gastronomie telle qu'on la pratique le mieux ! (et aussi Gnôle et Cageot pour le guide du vin). Et chaque année, mon père y cherche son restaurant. En vain…

[Je veux bien qu'on interdise les mannequins
parce que c'est trop dur pour les autres meufs
de voir des filles trop minces pour elles.
Mais alors qu'on m'enlève à moi,
tous ces riches de ma télévision !]

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Eric 19/09/2006 21:30

:)

Eric 19/09/2006 21:30

Je craque pour les brindilles! Enfin, ce sont elles qui craquent...

Jess 19/09/2006 20:47

T'imagine si je vais pas à Budapest et que je vais voir KATERINE?!

Jess 19/09/2006 20:46

Ca y est.
Ca a fait TILT.

Jess 19/09/2006 20:12

Cette histoire est-elle vraie?
Cette fois-ci j'ai tout lu. A vrai dire je me suis lancée dans les deux trois premières lignes et puis je n'ai plus décroché.
 
Moi je ne comprenais pas ta "révolution à Budapest" et puis papa vient de me crier d'allumer la télé et maintenant je comprends.