La Bayrou attitude (la grandeur d'antan !)

Publié le par Filaplomb


Le régiment du Béarn en Nouvelle-France, 1755-1760.


Résumé :
François Bayrou se présente devant le peuple français afin d'être choisi comme chef de la Nation.
Citation : «
le type s'exprimait en béarnais, la langue des autochtones locaux ».

Sur France 5, dans l'émission «c'est dans l'air», qu'on peut aimer ou détester pour ses positions réactionnaires, selon les intervenants,
l'inénarrable Roland Cayrol, sondageur de profession, après qu'il eut commenté et disséqué les dernières aventures de «Nicolas Sarkozy», ministre de l'Intérieur de profession, se met à analyser la position stratégique du «pauvre Bayrou».

Voilà un exemple où le langage est signifiant.

[Elle n'était pas un peu longue cette phrase d'intro ? Un peu trop proustienne comme entrée, peut-être…].

Il expliquait, le Roland, étalonneur d'opinion de profession, que le «pôvre Bayrou a bien peu de place pour exister entre une Ségolène Royale au centre de la gauche et un Nicolas Sarkozy qui adoucit sa posture».
(vous avez remarqué cette manie qu'a Roland Cayrol de parler des hommes (et des femmes) politiques (au féminin : politiques) comme s'il s'agissait d'objets inanimés : un Le Pen, une Arlette Laguilliers)

On a revu les images de François, élu du pays, annonçant fièrement sa volonté de diriger la France.
En arrière plan, les pyrénées.
A la télé, déjà, c'est beau ! En vrai, c'est carrèment grandiose.
Je ne suis même pas d'ici, bande de non-toulousains, je peux le dire.

Et François, c'est un élu du Béarn.

Comment vous expliquer ?
Le dernier Béarnais que vous ayez sans doute croisé dans l'actualité, c'est ce député en grève de la faim pour sauver les emplois sur sa commune.
C'est un béarnais UDF, aussi, Jean Lassalle.
[rassurez-vous, il remange depuis !]

Peu importe que sa méthode fut ou non la bonne, voilà un élu avec du caractère et du panache, pour le moins.
C'est dire si le François, l'élu de la roche béarnaise, sera coriace.

Ce sont des teigneux, les béarnais.

Au milieu des siens, parmi les gens du coin, il est naturel.
Il ne ressemble pas à un membre de la caste politique.
Un type lui tape sur l'épaule et lui dit : «salut François, comment tu vas ?».
Enfin, je vous écrit ça en traduction, parce qu'en vrai, dans la télévision, le type s'exprimait en béarnais, la langue des autochtones locaux (tout le monde fait des oxymores, moi je fais des pléonasmes).
François lui a souri, lui a serré la main et lui a répondu dans le même dialecte.

Ça me rappelle cette députée européenne qui se bat beaucoup autour des langues régionales. Elle est UDF aussi. Elle était venue à Toulouse pour «le forom des langues du Monde» en débattre intelligemment en public.

Le sujet de la discussion était de déterminer une tactique pour s'opposer à l'anglais comme langue principale à l'intérieur de la communauté européenne. Elle avait été assez séduite par l'idée, avancée par le député Vert™, de promouvoir l'esperanto et d'en faire la première langue paneuropéenne.

Une décision politique : on décide que, dans toute l'Europe, dès l'âge de six ans, chaque enfant apprenne l'esperanto.
(La question était : à quel âge une langue devient-elle une langue maternelle ? Les derniers travaux concluent qu'à partir de six ans, l'enfant a acquis définitivement ses origines linguistiques).
D'ici une quinzaine d'années, on a mis en place et développé une véritable langue européenne.
Une langue dans laquelle personne ne sera avantagé par ses origines.


Revenons à «c'est dans l'air».
Je me demande s'il ne faudrait pas interdire la télévision aux hommes politiques. Cet ajout de l'image spectacle sur des concepts d'évolution de la société, je m'interroge sérieusement sur sa nécessité.
Qu'est ce que ça ajoute à l'analyse politique ?
François Bayrou, ainsi, était bien meilleur sur France Inter [le lien c'est pour l'écouter]
, face au corse Stéphane Paoli, journaliste intelligent de profession.

Bon, au début, une bonne partie de l'émission, ils nous a refait le coup de «c'est toujours les mêmes, mais pas en même temps et c'est jamais mon tour».

C'est un bon concept, ça, Coco, mais tu feras quoi à leur place ?

Bayrou, dans ce discours, cette attitude, on dirait un supporteur de l'équipe de France qui, depuis les tribunes, explique comment Thierry Henry aurait du controler son ballon.

Mais, à force de l'entendre nous le dire, on finit par le croire qu'il saurait être dans l'équipe.
Et à l'écouter, on se demande s'il n'a pas une analyse juste, sur la fonction du parlement, le rôle du Président, la distance nécessaire avec les sondages de tout poil.

Surtout, il parle du «peuple républicain».
Le peuple comme un ensemble de gens de bonne volonté.
Sans limite d'origine, d'ethnies, de couleur, de famille politique, …
[très belle intervention antiraciste, vers la 24ème minute dans l'émission]

C'est un fils d'agriculteurs, François Bayrou.
Pas un fils de grande famille.
C'est pour ça, qu'à la fin de l'émission, quand il aborde enfin, les solutions qu'il propose de mettre en place, lui et d'autres avec lui, venus d'autres tendances politiques (mais dont il ne donne aucun nom), il a un peu de crédibilité. On l'écoute alors comme un gars qui viendrait du village voisin.

[pour vous caler c'est à partir de la 32ème minute d'émission]

Il énonce ses grands principes :
Premier principe : «il faut que la république respecte autant les minorités qu'elle respecte les majorités».
(c'est une jolie phrase, c'est vrai. Quant à ce qu'elle implique comme décision…).
Deuxième principe : «il faut la séparation des pouvoirs pour que tous les pouvoirs ne soient pas entre les mêmes mains».
(avec l'idée de la proportionnelle et donc des extrèmes à l'assemblée nationale. Remettre le FN dans le système, ça se discute, je suis pour).
Troisième principe : «il faut que les emplois qui ne sont pas créés dans le pays actuellement, puissent être créés».
(exonération des charges sur les deux premiers emplois mais aussi, une «simplification du droit social» qui m'inquiète)
Quatrième principe : «je considère qu'un pays comme le notre, ne devrait pas accepter, sans rien faire, d'avoir des SDF partout dans ses rues».
(création de «refuges» pour que «ces personnes retrouvent au moins un minimum de dignité» et pousser le volet insertion du RMI).

Enfin un candidat qui aborde le sujet numéro Un à mes yeux.
D'ailleurs, si vous avez écouté, vous avez entendu comme Bayrou se plante dans la numérotation de ces «grands principes».
Comment peut-on s'intéresser au reste d'un programme politique s'il n'y a pas de proposition concrète sur ce sujet ?
Même un boursicoteur qui aurait encore gagné quatre cent pour cent cette semaine à la Bourse™, ça lui gâche son plaisir de tomber sur un pauvre miséreux qui traine sur le trottoir.

Il est le premier à en parler, je le note.
Je l'en félicite.

Pour le reste, il me semble beaucoup trop libéral avec sa société du travail.
J'en parlerais bientôt de cette célèbre «valeur travail» défendue par l'UMP.

Mais, il a quelque chose qui me plaît dans son attitude.
Cette sorte d'attachement à la réalité concrète du terrain.
Cette espèce de «naturel» que les guignols carricaturent comme de la simplicité (mais ils sont plus fins que celà, en fait).
La vibration et la fierté qu'on perçoit quand il parle de «La France», on respire la grandeur d'antan, le Général.
François Bayrou, il a des accents gaulliens.
Mais il ne sera pas le mien.

«La France de toutes nos forces» pour Bayrou
et «la rupture tranquille» pour Sarkozy.
Vous ne trouvez pas qu'ils auraient du inverser ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

filaplomb 07/12/2006 07:52

Cédric A : C'est vrai que Bayrou refuse ce jeu des petites phrases simplistes. C'est une de ces qualités, je trouve…:-)

CedricA 07/12/2006 01:17

@Cat : concernant les minorités, il a des positions claires et des propositions sur certains des sujets. J'avais fait un petit commentaire sur l'homoparentalité dans le discours qu'il à donné à Politic'Show :http://www.cedric-augustin.eu/index.php?2006/11/03/23-homoparentalite-et-union-civile-dans-l-interview-de-francois-bayrouPour les noirs, c'est un sujet qu'il a par exemple abordé devant 2000 militants à Lyon en février 2006.On peut retrouver des réponses comme ça à la plus part de ces sujets dans ses discours lors des colloques de l'UDF ou lors de meeting. Comme ce sont rarement des solutions simplistes et qu'il n'est pas adepte des petites phrases, cela n'est jamais repris par les média, d'où ce sentiment qu'il ne propose rien.

filaplomb 06/12/2006 17:23

Eric : oui, Bayrou est intéressant à écouter. Je pense par exemple qu'il a vraiment le sens (à l'ancienne) de l'honneur et de l'importance de sa mission de représentant du peuple.Néanmoins, les propositions qu'il fait sont libérales et me semblent incompatibles (sur certains point) avec la vision de Ségolène Royal.Mais peut-être est-il plus éloigné encore de l'ultra-libéral Sarkozy, va savoir.Je ne parierais pas sur son choix de deuxième s'il s'avérait qu'il ne passe pas le premier et que ces deux autres candidats passent !:-)

Eric Mainville 06/12/2006 17:17

Bref, ce Bayrou mérite qu'on l'écoute! Et je te dis ça sans parti pris, parce que je ne pense pas que je voterai pour lui. Mais pourquoi ne se retrouverait-il pas dans un gouvernement de coalition avec la gauche? (ceci n'est pas une prédiction!)

filaplomb 05/12/2006 22:34

Cat : oh, il faut vraiment que je me lance dans cet article sur la valeur travail telle qu'elle est défendue par l'UMP. C'est vraiment le coeur du sujet de tout cela, d'après moi…La vraie question ! Comme tu y vas !:-)