Le feu (l'humanité !)

Publié le par Filaplomb


La Guerre du feu - Jean-Jacques Annaud - 1981

Résumé :
le feu comme symbole de valeurs humanistes.
Citation : «
Par exemple, si je suis concentré sur le canapé et que je ne trouve pas de quoi allumer mon clope, ça me déconcentre.»

Dans mon appartement, il y a des briquets partout.

De tout style et de toute couleur.

C'est à dire que je déteste qu'un objet, quelqu'il soit vienne perturber le cheminement de ma pensée.
Par exemple, si je suis concentré sur le canapé et que je ne trouve pas de quoi allumer mon clope, ça me déconcentre.

Celui du bureau est blanc, plutôt plat et toute sa tête est d'un noir profond bien que métallique.
J'en ai un rouge, assez joli, posé près de la table.
Sur l'étagère, je garde pour les grandes occasions ces modèles anciens qu'on chinait autrefois dans les vide-greniers au fin fond de l'Ardèche.
Un autre sur la petite table du salon, près du canapé antérieur, d'un jaune éclatant afin que je le repère dans la pénombre d'une soirée film-qui-fait-peur.
Dans chacune de mes vestes pendues dans le placard de la chambre, vous trouverez des fuselages de métal qui semblent tout droit sortis d'un avenir proche du design de toute chose.

Je ne sais même pas combien j'en ai en circulation.

Même en réfléchissant, je suis certain par avance qu'il m'arrivera d'en oublier. D'en omettre, dussé-je recompter.

Et mon voisin, qui par ailleurs vit du RMI.
Mais cela n'a rien à voir.
Il vient frapper à ma porte et il dit : «t'aurais pas du feu, parce que là j'suis en rade».
J'ai dit «mon voisin» mais c'est un pote, un camarade.
Je sais bien que s'il dit ça, s'il assume de me le dire, c'est qu'il me fait confiance.

Et, quand je lui donne un de mes briquets, je lui fais confiance.
Un jour ou l'autre, il me rendra service.
Et si vous êtes ultra-libéral, comment pouvez-vous répondre : «Tu n'as pas de feu ? Et bien débrouille-toi. Je ne suis pas responsable de ta misère» ?
Les gens sont devenus idiots ou quoi ?
Si les salaires augmentent très peu et les loyers beaucoup, ça crée de la misère.
C'est mathématique.
Ce n'est pas la peine de dire que c'est de leur faute, aux pauvres, quand ils n'ont plus de quoi payer leur loyer.
Pas la peine de les laisser dormir dehors.

Cette après-midi (un mot hermaphrodite mais invariable, dommage !), sur France 5, passait un documentaire sur le surendettement. Qui est en augmentation, bien entendu.

Le gars, genre la trentaine, il n'a pas pu payer les vingt-cinq euros de sa facture téléphonique. Il appelle son fournisseur d'accès au réseau vocal (oui, parce qu'à la télé, z'avez remarqué, ils t'offrent des tunnels publicitaires longs de plus de vingt minutes mais dans plus aucune émission ils n'appellent Carrefour par son nom. Un centre commercial, disent-ils) pour lui annoncer que, maintenant, il les a les vingt-cinq euros, est-ce qu'il est possible qu'on lui remette le téléphone ?

_Oui, mais il vous faudra nous remettre un chèque de caution de cent soixante dix euros et règler les frais de remise de ligne qui s'élèvent à quatorze euros soixante dix, débite la dame polie dans son bureau ordinaire. Ce qui vous fera deux cent neuf euros et soixante-dix centimes continue-t-elle sur le même ton tout huilé de routine.

L'Insee n'est peut-être pas si loin de la réalité. Ce ne sont pas tellement les prix le problème (bien que quand même, augmenter d'autant les fruits et légumes, sans que les producteurs ne soient mieux rémunérés, ils sont forts la Grande Distribution), il y a tout le reste : le logement, les frais bancaires (sans parler des ventes de services par pack de douze qui vous obligent à acheter quelque chose que vous n'avez jamais demandé et qui ne vous sert à rien), l'apparition du téléphone portable, du CD et maintenant (now, ladies and gentlemen) le DiViDi H.Di.

Il va encore vous falloir racheter ce bon vieux film que vous adorez revoir les soirs d'hiver, pelotonnés sur le canapé, une tisane à la main. Vous l'aviez découvert en ce bon temps de la VHS et apprécié de nouveau toute la finesse du réalisateur dans ses mouvement de caméra, comme il l'explique dans le bonus du DéVéDé.

Une société de consommation ne tiendra pas longtemps sans consommateurs.

Et les chinois, maintenant qu'ils ont commencé, ils ne vont pas s'arrêter de travailler. Ils doivent continuer à cotiser pour leur retraite.
Vous croyez quoi ?
Qu'on va réinventer la sidérurgie ?
Qu'on va retrouver du charbon ?
On pourrait garder nos usines et faire venir les travailleurs asiatiques ici.
De la délocalisation donnant-donnant : tu me piques mon travail à l'usine mais tu viens t'alimenter dans mon magasin.
Mais si on se met tous à jouer à la marchande, à créer sa propre activité commerciale, comment différenciera-t-on les amis des clients ?

Tout ami est un client potentiel.

Vous comprenez, déjà rien que le concept, ça ne me plait pas.
Je sais très bien que je ne m'épanouirais pas dans une telle société.

Le soir de la Présidentielle, à vingt heures,
apparait le visage de Nicolas Sarkozy.
Est-ce qu'intimement, ça vous semble une rupture ?
A mes yeux, non. Je pense que N.S. veut simplement
garder le pouvoir mais qu'il sait que jamais aucune majorité
n'a gagné une présidentielle. Il tente donc
de présenter comme rupture, cette continuité de l'UMP.

Ah oui, c'est toujours l'UMP qui gouvernera, on ne vous a pas dit ?
En fait de rupture tranquille, ce serait une continuité féroce…

Commenter cet article

filaplomb 08/12/2006 22:01

Isa : je ne sais pas pourquoi mais l'expression m'est venue et je n'en voyais pas d'autre? Le langage parfois…Il fallait comprendre : "en réponse", "de mon côté" et cela venait en écho à ton "c'est aussi pour ça qu'on aime"…Faites comme bon vous semble, cela me convient…:-)

isa 08/12/2006 21:56

filaplomp seriez-vous du genre t"tout savoir sans rien payer"je veux bien que vous vous déshabillez devant moi mais moi je fais comme je veux et je ne vous dévoile rienpourquoi ce "à l'inverse'?écrire n'est-il pas toujours un peu parler de soi

filaplomb 08/12/2006 20:19

Cat : bonsoirIsa : bonsoirNicolas : bonsoir (pour le job, je t'en parlerais ailleurs…)A tous : mon blog est un jeu littéraire. Ce que j'aime, c'est écrire.Evidemment, je ne trahis pas ma pensée intime, je défends mon point de vue. Mon amusement est de le faire de manière un peu littéraire. Il se peut donc que vous imaginiez lire ma biographie là où je pose des personnages.Ma vie réelle peut apparaitre ici mais pas souvent…Mais à aucun moment je ne parle de moi !!! :-))(même si, évidemment la construction d'un personnage s'agrège parfois de parties de moi…).A l'inverse, je peux dire que j'adore vos commentaires… :-))))

Cat 08/12/2006 18:57

Isa,
à propos de "foule sentimentale" et d'épanouissement personnel,un ami me disait l'autre jour que si les gens parlaient un peu plus de leurs émotions,de leurs sentiments,ils se sentiraient moins seuls..
C'est un peu ce que fait "notre" Filaplomb,il parle de lui,il nous parle de nous,c'est aussi pour ça qu'on aime,merci Filaplomb!
Et puis,comme on est un  peu"cachés"par cet anonymat,les pudeurs sont moins prèsentes?

Cat 08/12/2006 18:22

Bonsoir Nicolas,bonsoir Isa,c'est très convivial ce soir!