La valeur travail (ta gueule et bosse !)

Publié le par Filaplomb

Le dialogue social, en France, c'est le patron qui débarque dans l'atelier pour dire :

_Les gars, ce soir, vous restez jusqu'à 20 heures. Et à partir de la semaine prochaine, c'est 42 heures pour tous.

Les ouvriers, qui n'ont pas eu le temps de trouver une nounou pour la petite ou qui devront, encore une fois, reporter le rendez-vous du pédiatre, sans parler de l'épouse qui commence à n'en plus pouvoir de ses soirées en solitaire et fait donc la gueule les autres soirs [la logique des femmes m'échappe], se mettent à râler et en grève aussitôt.

_Tous ensemble, tous ensemble…

Ils brûlent des pneus en buvant du café soluble et en se racontant un monde idéal pendant trois jours.
Ils sont beaux les rêves des ouvriers ; si vous saviez comme ça inclue le travail.
Pendant ce temps, le patron perd la commande, retire sa demande d'heures supplémentaires et les ouvriers peuvent reprendre leurs postes, fiers de leur victoire.

J'ai quand même connu des patrons pour qui donner une prime au mérite consistait à payer les heures supplémentaires.
La plupart, en vérité.

Un contrat de travail se signe entre une personne qui a un savoir (ou un savoir-faire) et une autre qui en a besoin. Sa signature n'accorde à aucune des deux parties la propriété de l'autre et encore moins sa disponibilité immédiate et parmanente [«mon employé est une personne» serait un bon slogan pour résumer tout cela].

Il serait tellement plus simple de négocier, de demander poliment.
La direction convoque les différents acteurs sociaux, explique les commandes à venir et préconise la participation de tous à l'effort nécessaire et sa compensation sonnante et trébuchante.
Il serait tellement plus simple de prendre les syndicats pour des partenaires et non des opposants.

Au lieu de cela, on a de petits despotes, grand maître des esclaves qu'ils ont l'impression de payer de leur poche. Comme si la caisse de l'entreprise était leur cassette secrète et privée. Des donneurs d'ordre au lieu de dirigeants, des gestionnaires de ressources humaines face à des destins individuels.
Comme s'il fallait aux ouvriers une main de fer pour aimer leur travail, comme si les ouvriers n'étaient pas, eux aussi, des créateurs de richesse.

Il serait tellement plus simple de recourir au dialogue pour améliorer les choses et non au bras de fer systématique.

«Dès l'été, je soumettrai à négociation cette question : comment protège-t-on le salarié qui ne veut pas faire d'heures supplémentaires ?» - Nicolas Sarkozy, entretien «Les Echos» - 14.02.2007

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filaplomb 17/02/2007 21:46

Layrent : merci, merci ! J'applaudis des deux mains, quel commentaire ! :-)Tout le programme de Sarkozy est basé sur cette logique du gagner plus en travaillant plus. J'espère vraiment que les électeurs vont comprendre que ce n'est qu'un leurre pour nous apauvrir encore plus…AHS : Assez des Heures Supplémentaires !

Laurent 17/02/2007 20:54

Travailler plus ... pour plus de chômage ...et gagner moins
C'est la logique des heures supplémentaires sans cotisations sociales patronales. Tout employeur proche de ses intérêts ou de ceux de ses actionnaires préférera faire travailler davantage ses employés (au besoin en les obligeant par le chantage à l'emploi) que d'en embaucher en plus.
Et cela contribuera à une augmentation du chômage, permettant aux employeurs de maintenir la pression sur les salaires, et assez souvent les heures supplémentaires non payées ou sans la majoration légale pourtant très faible (elle est de 50% ou 100% aux USA, au moins là où les syndicats ont un solide pouvoir de négociation).
Avec une pression induite sur les salaires, le pouvoir d'achat n'augmentera pas ou diminuera et en fin de compte, après quelques années de ce régime, ceux qui ont la chance de travailler en feront plus pour une rémunération identique. En taux horaire : travailler plus pour gagner moins.
Et de toute façon, ce n'est pas le salarié qui détermine les horaires de travail mais l'employeur.Une méthode plus sûre pour gagner plus serait de réduire les profits et augmenter les salaires.
Voir ces articles :1 - http://travail-chomage.site.voila.fr/produc/gain_productiv.htm
" La productivité du travail, c'est-à-dire la valeur produite pour chaque heure de travail (production ou valeur ajoutée) a augmenté en France de 17,22 % en sept ans, de 1997 à 2003, pour l'ensemble de l'activité nationale. ... En sept ans, sans rien changer à la production de richesses du pays, le nombre d'emplois aurait pu être augmenté de 17,22 % en réduisant de 14,69 % la durée réelle du travail (la durée affichée du travail d'une entreprise ne correspond pas à la durée effective travaillée). En moyenne, avec des transferts d'emplois entre secteurs d'activité, le nombre d'emplois aurait augmenté de 4 284 500. "
2 - http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/duree_travail.htm
" Pour une durée légale du travail de 35 heures par semaine en France, la durée effective moyenne est de 39 heures pour les emplois à temps plein et 36,3 heures pour l'ensemble des emplois. Par comparaison, ces durées sont inférieures en Grande-Bretagne : 37,2 heures pour les emplois à temps complet et 31,7 heures pour l'ensemble des emplois. Elles sont aussi inférieures aux Etats-Unis (Usa) et dans plusieurs pays en Europe. "
Un dossier assez étonnant et bien documenté, citant les statistiques officielles de chaque pays.
Et pour une fois, on sait exactement de quoi l'on parle, alors que les chiffres donnés ici et là sont le plus souvent imprécis. Les statistiques habituelles ne prennent en compte que les emplois à temps complet, ce qui fausse tout. Et on ne sait jamais de quelle durée du travail il s'agit : officielle, officieuse (conventions), ...
Par exemple, pour les Etats-unis : http://www.bls.gov/ces(vers le milieu, employment and earnigs, table B-2)Moyenne générale, tout le privé : 33,8 heures de travail par semaine.
Pour la Grande-Bretagne, des explications plus précises sont données ici : http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/32h.htm

Nicolas J 17/02/2007 07:49

Quoi ! Il y a un type qui critique la police de Fil ?

CedricA 16/02/2007 22:46

Le billet de Jules (de Diner's Room) La liberté de gagner plus n'existe pas est d'une clarté édifiante sur le discours et la réalité dans le message de l'UMP concernant la réforme du droit du travail et cette fameuse promesse de NS. J'ai modestement complété avec mon billet Liberté et salaria.

isa 16/02/2007 21:42

pour ce qui est des patrons j'en connais des biens , si ,siet il donnent des emplois dignes de ce nomles patrons c'est comme les gens y-a de tout,des bons, des pas bons pour le commentaire de Nicolas (le très long;le commentaire pas Nicolas) je dis bravo ; c'est vraiment bien analysépour le commentaire de Killow:franchement Filaplomp ton blog est très coloré à côté du sien! :-)))bon une petite photo de temps en temps ça peut être distrayantmais tous les sujets ne sont pas faciles à illustrer