La vérité (de la bouche des enfants !)

Publié le par Filaplomb

Le Grand Journal de Canal+ - Vendredi 2 mars - vers 20h15 (la video est la dernière en bas)


Ce qui contitue une personne est le fruit des événements de son enfance, comment il les a vécus et comment il s'en sert dans sa vie quotidienne pour adopter un comportement qui serait personnel. Si vous savez écouter, vous entendrez ici un belle part de l'humanité de Nicolas Sarkozy qui, je le pense, lui échappe sincèrement.
C'est un libéral que je combats politiquement, mais je respecte cet homme qui dévoile un peu de ses blessures.
Au delà du texte (retranscrit par mes soins, y'a du boulot !), vous pouvez aussi voir la video en lien et constater les émotions chez le ministre de l'intérieur : positions des mains, sourire mais en baissant la tête, échange furtif de regards, …
Pour tout dire, dans cette séquence, il est sensible et touchant.


Michel Denisot :
Et on enchaîne avec le film que vous avez choisi, c'est «Sam, i am Sam», avec Sean Penn et Michele Pfeifer. C'est un choix très particulier.
Nicolas Sarkozy : Enfin, je ne sais pas si c'est un choix particulier. C'est un film absolument magnifique, qui est bouleversant…
Frédéric Beigbeder : …qui est sorti en 2002…
Nicolas Sarkozy : …qui parle alors d'une discrimination aussi. C'est une histoire qui est magnifique. Il est… euh… trisomique. Il a un enfant avec une jeune femme. La jeune femme s'en va. Il élève cet enfant. Le Tribunal veut le lui retirer. Et il y a un dialogue magnifique avec l'avocate qui est Michele Pfeifer. Inutile de la présenter. Regardez ça parle…
Michel Denisot : …on a ce dialogue

Extrait :
Sean Penn : vous ne savez pas ce que c'est d'essayer, d'essayer et de jamais y arriver ! Parce que vous êtes née parfaite et je suis né comme ça. Vous êtes parfaite !
Michele Pfeifer : Ah bon ?
Sean Penn : Vous ne pouvez pas savoir…
Michele Pfeifer : Une personne comme moi ?
Sean Penn : Vous ne savez pas ce que c'est qu'être blessé. Parce que vous n'avez pas de sentiments. Les gens comme vous ne ressentent rien !

[Elle avance brusquement et se poste face à lui].

Michele Pfeifer : Vous pensez avoir le privilège de la souffrance ? Je vais vous dire une chose. Les gens comme moi se sentent perdus, petits, laids… et facultatifs. Les gens comme moi ont des maris qui en baisent d'autres plus parfaites que moi. Les gens comme moi ont des fils qui les haïssent !

Retour plateau - Applaudissement

Nicolas Sarkozy : Sean Penn, c'est un, un… c'est un génie, quoi, tout simplement. Et j'trouve c'était magnifique de voir ce handicapé, ce trisomique qui dit «des gens comme vous m'reconnaissent pas le droit d'aimer». Et elle qui a tout. Qui est la beauté la plus sublime lui explique que c'est lui qui est aimé et elle pas aimée. Bref, c'est un film bouleversant.

[…]

Frédéric Beigbeder :
moi, ce que j'ai trouvé étonnant dans vos choix. Vous avez choisi «nulle part» de Yasmina Reza chez Albin Michel, c'est que c'est aussi un livre d'émotions. Et l'extrait qu'on vient de voir le montre : il me semble que vous êtes un hyper-sensible. Et que ça ne se voit pas du tout. Dans… enfin, peut-être pas assez, dans… dans votre manière d'être, peut-être publique

[Nicolas Sarkozy sourit et baisse la tête]

Frédéric Beigbeder :
Et c'est un livre qui décrit une femme qui regarde ses enfants grandir, partir à l'école. Qui parle beaucoup de l'enfance. […]

Frédéric Beigbeder : Souvent, on revient sur votre enfance en disant que peut-être l'absence de votre père explique votre ambition. Peut-être qu'il y a des douleurs que vous n'avez pas aimées. Vous n'avez pas aimé être un enfant ? Voilà, je voulais simplement parler un peu humainement avec vous et savoir si le divorce de vos parents expliquait cette ambition frénétique qui est la votre.
Nicolas Sarkozy : D'abord, pourquoi frénétique ? On peut avoir de l'ambition tout court. Je pense que vous-mêmes vous êtes sur un plateau de télévision. Ça témoigne aussi d'une volonté. Il n'y a pas de frénésie. Il y a que si moi je ne m'étais pas occupé de sortir de mon quotidien, personne ne s'en serait occupé pour moi. Je viens du public. J'étais le dernier, moi, en 74, le dernier spectateur, tout au fond de la salle. Il a fallu se rapprocher de l'estrade puis monter sur l'estrade. Rien ne m'a été donné. Je peux parler aux gens parce que j'ai eu la vie des gens. J'ai pas aimé être un enfant parce qu'on n'y est pas libre.

Nicolas Sarkozy : Vous dites «est-ce que vous avez de l'émotion ?». Mais bien sûr. Mais est-ce qu'on est obligé d'étaler tout ça ?
Frédéric Beigbeder : c'est vous qui avez choisi ce livre et cet extrait de film.
Nicolas Sarkozy : Non mais le, cet extrait de film, il est profondèment bouleversant. Bon, il peut être violent pour ceux qui ne l'ont pas vu. C'est un film qui m'a bouleversé. Parce que c'est une façon de parler du handicap et de l'amour qui m'a énormèment touché. Et puis bien sûr, il n'y a que ça qui compte l'amour. Et Yasmina Reza, elle parle avec des mots très simples de l'amour d'une mère vis-à-vis de son enfant. De façon extrèmement pudique qui dit tout. Je voulais recommander…
Michel Denisot : Vous voulez en lire un extrait ?

[Nicolas Sarkozy a le livre devant lui, pages cornées au bon endroit]
.

Nicolas Sarkozy : Pour vous dire à peu près le style, c'est… [Il lit]

«Il me dit : à partir de maintenant, j'aimerais bien qu'on ne regarde plus par la fenêtre.»

Nicolas Sarkozy : «Il», c'est son enfant.

«Je réponds, bon d'accord, bien sûr, c'est normal : tu veux être indépendant».

Nicolas Sarkozy : C'est la mère qui parle.

«Et j'ajoute : où alors, une fois de temps en temps.
Il dit : d'accord, une fois de temps en temps. Mais, par exemple, pas aujourd'hui. Tu ne me regarderas pas aujourd'hui.
Alors je répète (la mère) : Non, non. Une fois de temps en temps, ça veut dire presque jamais. Juste une fois de temps en temps.
Il approuve. Il met son cartable sur ses épaules.
Il dit : De temps en temps, si on a envie, on peut le faire.
Je dis : Voilà. Je l'embrasse à la porte en le serrant.
Il dit en partant : si tu veux, on peut se regarder demain.
Je réponds : Ne t'inquiètes pas, je trouve ça normal de vouloir être seul»

Nicolas Sarkozy : C'est bouleversant.

[Applaudissements]

Nicolas Sarkozy : C'est bouleversant parce que la mère qui dit : «C'est normal de vouloir être seul», elle n'en croit pas un mot.
Frédéric Beigbeder : Est-ce que vous avez le temps, vous de regarder vos enfants grandir, de vous en occuper.
Nicolas Sarkozy : Oh, c'est une question très personnelle. J'ai cinq enfants. Et, oui, j'essaye de bien m'en occuper avec toutes les insuffisances qui peuvent être les miennes. Mais vous savez, Monsieur Beig… Je ne pense pas que ce soit une question de temps. Je pense que c'est une question d'intensité de sentiment. Je fais un métier très difficile et je suis désolé parce que j'ai bien conscience que le métier qui est le mien, la notoriété qui est la mienne, les ambitions qui sont les miennes, ça peut faire beaucoup souffrir ma famille. Ça peut les blesser.

J'ai repris le texte intégral sans modification autres que de rendre plus écrit un texte oral. J'ai signalé les coupes minimes, faites pour recentrer sur ce qui me semble plus signifiant. J'ai ajouté des lignes vides pour faciliter la lecture.


Pour Info, ce Yasmina Reza est un très bon choix.
Et la BO de «I am Sam» est particulièrement réussie
puisque constituée uniquement de morceaux
des Beatles mais repris par d'autres groupes plus actuels.

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Commenter cet article

filaplomb 07/03/2007 14:14

Alain : je crois que les gens, les électeurs savent très bien à quoi s'en tenir avec le show médiatique.Merci de ton passage ! :-)

Alain 07/03/2007 08:05

Filaplomb .......tu n'es peut etre pas insensible à l'homme et c'est ton droit....mais combien de gens vont se montrer émus ???
La politique c'est une reflexion ....rien a voir avec l'émotion ...mais les gens adorent pleurer dans les chaumieres ...un petit coup d'emotion avec Drucker ....un bon feuilleton de merde et puis surtout le soir au JT de la PEUR !!!!!! Encore des gens agressés dans la rue !! Soyez prudent !! bouh la vilaine insécurité .....au secours j'ai peur vite Sarko donne moi de la police encore de la police .....
je me fous completement des émotions de Sarko . Bien sur qu'il a des sentiments ...il ressemble à un etre humain ....au moins physiquement et encore c'est un nain

filaplomb 06/03/2007 07:27

Cat : bien sûr que je comprends !J'ai regardé cette émission politique et j'ai perçu une petite pointe de sincérité à ce moment, je voulais le souligner.Je ne suis pas devenu Sarkozyste pour autant !Franssoit a souvent raison, je le dis sérieusement.:-)

Cat 06/03/2007 07:19

Il a peut-être des choses à régler avec son passé, des ambitions réparatrices, des blessures...je m'en fous:clairement,je trouve que ces shows à l'américaine version française'plus light",sont d'assez mauvais gout,il a un coeur?tant mieux pour lui,qu'il l'utilise à bon escient,je partage assez le "point de vue " de Fransssssoit sur cette question,l'humain est capable de sentiments,tout etre humain...tiens, je connais un chasseur qui ne ferait,hors cadre de chasse, pas de mal à une mouche(il gueule si on pète une araignée),tu comprends?

filaplomb 06/03/2007 06:44

Pierre : Rassuré ?Je ne suis pas inquiet quant aux qualité humaines de Sarkozy. Je le combats en tant que libéral, pas en tant qu'humain.Je suis plutôt inquiet, en y réfléchissant, à cause de son ambition incommensurable crééée à partir de cette enfance particulière !:-)ACM : Agence des Candidats Marseillais