Le foyer (le lieu de travail !)

Publié le par Filaplomb


«Jumping sheep», New Mexico, 1957 - Photo by Joe Munroe 




Dans notre grande série «TUNING ET RÉTROVISEUR» :


Avant, la femme attendait bien sagement à la maison que le chef de famille rentre, vérifiant mille fois n'avoir rien oublié, la baguette fraîche tranchée en rondelles dans son panier, le beurre salée dans son récipient (dont je ne mentionne pas le nom parce que le français écrit ne tolère pas la répitition).

Il enlevait son manteau. Son cartable trônait déjà sur le petit meuble de l'entrée (les taches de gouttes d'eau de pluie séchées sur le bois ciré, c'est délicat à nettoyer), il l'embrassait sur le front, puis allait s'asseoir à table.
Ce baiser, son baiser, était LA récompense de la femme au foyer pour
sa vie de chiffon, d'eau chaude, de balai, de sueur et d'encaustique (alors que là, je répète deux fois le mot «baiser», exprès pour en souligner le sens).

Le couple s'entretenait alors des faits nouveaux et de l'actualité, se lançait dans un babillage conjugal comme il s'en pratique partout ailleurs.
La conversation s'interrompait régulièrement, le temps qu'il termine sa bouchée (ou alors, il lui arrivait de se laisser emporter par sa pensée et, remarquait-elle, de s'adresser à elle, la bouche encore emplie d'une bouillie gluante d'aliments avant même la déglutition) ou bien s'entrecoupait de ses propres allers-retours à la cuisine au fil du repas.

Tandis qu'il allumait un cigarillo et ouvrait le journal régional, elle entamait l'ultime rangement. Ces dernières corvées qui, par leur force rituelle et malgré le surcroît de labeur qu'elles apportent, lui semblaient bienfaisantes car préliminaires et annonciatrices d'un repos bienvenu.

C'est à ce moment-là que, chaque soir depuis ce «oui» souriant soufflé dans la salle d'une mairie de province, la femme s'angoissait : elle devait demander au chef de famille, l'argent pour les courses du lendemain.
Or, il était tant parcimonieux, tant exigeant pour la justification des dépenses qu'il provoquait chez elle, l'invention d'une enième tromperie pour surcôter l'achat futile et accessoire au rang de l'indispensable et du nécessaire [Les femmes,
je crois, conservent de cette époque, la délicieuse culpabilité de la dépense].

Elle trichait alors sur le prix de la viande, du pain et des légumes, arrangeait à sa guise le montant des commissions et grapillait ainsi centime après centime, accumulait quelques francs gardés patiemment en réserve afin  de pouvoir s'offrir les trop rares plaisirs de la frivolité.

Heureusement, aujourd'hui, la femme a fini par comprendre la liberté individuelle et n'est plus très loin (environ 20% de son salaire) d'atteindre l'égalité.

Prochain épisode de notre série : l'aliénation des travailleurs.

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Cat 06/03/2007 19:56

"la vache, demain s'il y a des "eh! meuhh t",non?bon, je sors

filaplomb 06/03/2007 19:05

Marie Bland : eh mais euh… C'est bien ce que je dis dans l'article !Enfin, je voulais dire qu'il manque encore 20% de salaire aux femmes pour être à égalité !Mesdames, Mesdemoiselles, dès demain, prenez rendez-vous avec votre patron.Les droits ça se gagne, ça ne tombe pas du ciel ![La vache, demain s'il y a des émeutes on va dire que c'est de ma faute !].N7R : Une taille de soutien gorge australienne ?

Marie Bland 06/03/2007 18:48

Si l'égalité n'était qu'à 20% du salaire, ça irait, mais la réalité est tout autre !
 

filaplomb 06/03/2007 18:13

Cat : merci !C'est assez bizarre l'inspiration parce que je ne sais pas du tout qui sont ces gens. De purs personnages fabriqués avec des bouts de trucs d'un peu partout, films, livres (Simenon, peut-être), témoignages reçus… Et au final, tu y retrouves toi, des souvenirs personnels !Voilà pourquoi j'aime la littérature !J'adore la littérature…Mais quand même, c'est un texte à tiroirs parce que je parle vraiment du rapport entre un employé et son patron. J'ai mis la clé dans la dernière phrase !RPQ : Relation Pistolaire Quotideinne… :-)

Cat 06/03/2007 18:04

extra! ça me rappelle mon oncle et ma tante, les patins, le buffet ciré et les napperons, on a presque l'odeur des poireaux qui cuisent et du suppo à l'eucalyptus,tu nous as fait une version Bidochon-light ?ils sont touchants,:-))M8N: c'est un tour de poitrine russe