Lundi 19 mars 2007
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ATTENTION : CET ARTICLE EST UNE FICTION.
De quoi ça se souvient un mouton ? (Yunphoto, sans précision d'auteur)
La vie a quelque chose d’affolant : on se lève le matin, une petite douleur au dos dont on ignore le pourquoi mais qui vous habite tout le long. Chaque geste l’attise, un peu, de manière tout à fait supportable. Il ne reste que la gène. On calcule en fonction, on évite, on contourne le mouvement. S’étale alors dans les pensées cette longue ligne blanche de l’obsession, le point à ne pas franchir. Voilà la vie réelle.
La suite des échecs, des mécomptes, on en porte le faix sans que cela soit tout à fait pénalisant. Il est des armoires gigantesques, des murs entiers où se rangent les accrocs, les regrets. On les visite peu. Mais c’est à nos maisons comme une pièce sombre, demeurée close, froide sans doute, et qui gâte l’édifice. En faudrait-il pour autant abattre les murs ? Raser pierre à pierre le bâtiment ?
Le sentiment de l’échec survit bien au-delà de l’instant. Comme le doigt frappé où longtemps bat la douleur. Comme le souffle court après la peur. Le cœur, dans l’habitacle, ne se révèle qu’aux à-coups.
On range, on classe à nos armoires intérieures ces petits riens. Ce ne sont pas des richesses, des trésors. Une collection un peu vaine, un peu futile, sans réelle importance, mais que l’on garde. Qui se souvient de l’origine ? Une mère sans baiser ? un père de discours ? Des paroles restées trop longtemps sans écho ?
Je m’enferme souvent dans cette pièce sombre où tu ne peux pas m’atteindre. Tu n'y a pas d'existence encore. Je ne sais pas si tel est le but. Mais au fond de ma cave, je comprends ce que je suis et comprends ce que j’ai espéré être. Les chemins ne se reprennent pas, la marche arrière n’existe pas.
Je suis un homme de regret. Les casseroles aux pieds, les bidons, je les tire après moi.
Les autres. Je dis les autres et je ne pense qu’à quatre ou cinq personnes, des proches, des intimes, toi y compris. Les autres donc semblent s’en accommoder, se débarrasser peu à peu de leurs maux, peaux mortes en lambeaux. Ai-je trop conscience de tout ? Comment font-ils pour vivre ? Je veux dire sourire, parler, être légers avec de tels poids ? La conscience en tamis, en passoire, en grillage, la solution est-elle dans l’oubli ?
Vider les armoires…
Tout est si bien rangé…
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