L'amour (je suis malade !)

Publié le par Filaplomb


Cet article est à réserver aux personnes déjà sorties de l'innocence enfantine.
(certains des liens utilisés peuvent ne pas convenir aux enfants de moins de 16 ans).


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Un mouton fait de vide et de bricoles (sculpture de James Chedburn).



Alors, moi, quand j'étais avec elle, c'était comme le soleil quand il se glisse par une ouverture et qu'il éclaire une grande zone avec les grains de poussières qui scintillent et qui brillent dans la lumière.

J'étais comme un grand truc plat brillant.

Plutôt sans limite, je me sentais. Les escaliers quatre à quatre, je bondissais.
Je contournais les escalators par peur de l'ennui.
Toute la ville, la vie, les gens dans la rue, tout me semblait si frais, si neuf, si joyeusement vivant. Je pétillais de sourires, d'incandescences joyeuses.

Je me sentais comme arrivé à destination.

Elle me parlait de tout et de rien, activait simplement sa faculté à rendre le monde par la parole. Je restais là, j'adorais l'entendre. Sa voix, ses mots, sa joue sur mon torse me transmettaient autre chose d'habituellement imperceptible. Elle étendait mes facultés avec les siennes.

Elle me donnait son corps avec une cérémonieuse insouciance. S'offrait à mes caresses avec une gourmandise d'épicurienne, se montrait sensible à ma gastronomie. J'aimais surtout que se prolongent nos repas. De l'apéritif jusqu'au dernier pousse-café de fin d'après-midi.

Cela évoquait quelque chose de musical comme quand des instrumentistes explorent ensemble les différentes tonalités de l'harmonie. Les nuances mélodieuses de la volupté. Les partitions pour se joindre, les clés pour s'ouvrir, le tempo pour s'ébattre.

Je connaissais l'un de ses secrets : elle cachait à peine, à l'extrémité de la longue plaine de son ventre, la plus merveilleuse chatte qu'il m'ait été donné de voir. Un petit pain parfait, tout chaud sortant du four, m'attendait sous sa toison tissée de poils d'une douceur exquise. Le rose nacré de ses lèvres irisées, je le connaissais sur le bout des doigts. J'en recréais la toponymie en des langues qui m'étaient étrangères.

Le long des cieux de son vagin, flottaient de redoutables douceurs. Des chants de sirènes transformés en muqueuse avec l'étendue infinie des océans. J'étais marin, je devenais capitaine. J'étais Robinson puis la foule m'adulait. J'étais ce que j'étais de manière terriblement consciente. J'abolissais la gravité, messieurs-dames.

Comme quand on est ivre et que l'on comprend soudain ce qu'est l'ivresse.
Je me sentais comme arrivé à destination sans plus me souvenir du moment où j'étais parti ?

C'est quand elle n'est pas revenue que j'ai découvert le piège de l'absence. Les mâchoires de métal qui entrent dans la chair, qui serrent la viande de nous-mêmes. Qui la déchirent et s'y enfonçent. Ça rend tout mouvement impossible. Toute idée de geste douloureuse. Le froid de l'acier jusque dans l'os et colorant l'alentours d'une grisaille délavée.

J'en ai passé des jours, des semaines, des mois, à espérer que la douleur s'estompe, que les échardes glissées partout dans l'épiderme s'en aillent d'elles-même.
Je n'osais plus même me laver, me lever, quitter l'espace clos du canapé.
J'en ai usé de ce mauvais alcool pour trouver le sommeil. J'en ai connu des petits matins, la bouche tellement pâteuse que ma langue elle-même semblait de trop. J'en ai cherché dans les recoins des résidus vivants de ma personne.

Là où ça palpite.

Il a fallu, peu à peu, que je me rogne la patte. Que je m'arrache à moi-même ce membre surnuméraire. Que je m'ampute de cette partie contaminée avant d'être définitivement envahi par les métastases de l'espoir qui finissent toujours par se développer.

Putain de maladie toujours à même de nous atteindre…


[Bon, et si demain on s'attaquait de nouveau à la politique ?]

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Monsieur Poireau 22/03/2010 17:02


Tiens, je prends ma nouvelle identité pour changer !

Le Coucou : Merci !
Pour la jeunesse, je ne sais pas ! Je crois que je suis toujours incapable de me lire tout simplement. Je vois le travail au lieu des mots finis ! :-))

Celeste : merci !
Je pense revenir un peu au littéraire chez Monsieur Poireau, d'ailleurs ! :-))


celeste 22/03/2010 09:47


Superbe texte, Monsieur Poireau. J'aime beaucoup :-)


le coucou 21/03/2010 17:09


Amusant ces braises de commentaires qui se raniment! J'ai failli dire qu'on se croirait à l'éveil de la Belle au bois dormant, mais je m'arrête : la princesse charmante See Mee n'est pas encore
entrée.… En lisant ce texte plein de printemps, je me disais qu'il est comme une sorte d'hymne à la jeunesse, mais ça, tu ne le sais peut-être pas encore, veinard!


Filaplomb (éditeur de bonnes nouvelles) 21/03/2010 14:40


Mag : ah ! Vous zici ? :-))

Zorabone : merci !

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C'est bizarre de revoir ces anciens commentaires et leurs auteurs ! Quelqu'un a des nouvelles de Cat ? :-))


Zorabone 21/03/2010 14:34


C'est un très beau texte. Merci.