À leur manière

Publié le par Filaplomb


Le sourire de la girage !


Résumé :
Attention, ne lisez pas ce résumé sans avoir consulté la note en fin d'article.
C’est bon, vous avez lu ? On y va, alors ?


Résumé :
Quelqu'un en paix avec la vie est en train de mourir. Il constate la peur et l'angoisse de ses proches. A citer (avec l'air profond) : «Nous agitons avant de reposer».


Quelqu’un meurt quelque part.
Mais ne sait pas qu’il meurt.

Sait-on jamais qu'on va mourir ? Comment sait-on si l'on est mort ?

Que se passe-t-il dans la conscience.

Je ne parle pas d'après, nous laisserons planer le doute, leur chance aux théories. A l'instant où l'on comprend qu'on meurt, que c'était ça qui avait changé dans l'ambiance générale, toutes ces fleurs, ces chocolats, ces douceurs (il y a donc moyen de rendre leur humanité aux humains !), tous ces sourires étrangement marqués, ces larmes aux yeux masquées sous des baillements approximatifs et soudains.

Une légère différence dans le milieu.

Des infirmières qui ont un peu plus de temps,
des médecins qui sortent pour se parler à voix basses,
cette perfusion dont les perles de plastique brillent si joliement dans la lumière adoucie du soir.

C'était donc ça !

Leurs mains se touchent discrètement. On a toujours besoin de se toucher dans ces moments-là. Nous sommes du peuple du contact, du tactile, du sensoriel. Nous sentons avant de savoir.


[Leur peur de la mort]


Mais que croient-ils donc ? S'imaginent-ils qu'en veillisant, j'ai perdu tout sens de l'existence ? Egaré l'ensemble de mon savoir ? Je suis parfaitement conscient de ce qui vient. Même sans leur comédie pour se rassurer, je sais. J'ai été prévenu il y a longtemps : tout cela est temporaire et s'arrêtera un jour ! Et à mon âge, voyez-vous, messieurs-dames, quand cela arrive, ça n'est vraiment plus de l'ordre de la surprise. On s'y attend de plus en plus.

Ils pensent me berner en masquant le vocabulaire. Les mots de vérité sont tenus à l'écart. Ils tiennent avant tout à ce que cela soit tu. Que ne vienne pas ici se frotter l'épiderme du langage.

Je les ai tous connus bébé. Dans leur état larvaire mais polycellulaire. Pour certains, je les ai bercés, marchant à pas lents à travers la chambre, leur parlant d'une voix fébrile et lointaine. Pour les plus distants d'entre eux, je les ai découverts lorsqu'ils étaient enfants et n'ai fait que les cotoyer à plus ou moins grande distance. Quoiqu'il en soit, je les précède dans l'existence. Comment peuvent-ils oublier ? J'ai su bien avant eux comprendre les mystères qu'ils affrontent aujourd'hui. Ces mystères…

Je me souviens d'un jour de soleil et de froid piquant. Les allées de graviers, les ifs et les thuyas, le troupeau familial en émotion restreinte, je veux dire resserrée. Un oiseau sur une tombe proche, me fixait de son œil gauche et semblait partager mon chagrin. J'énumère mes participations aux autres enterrements, le souvenir de mes promenades dominicales et hospitalières au chevet d'une amie, … Je ne m'apitoie pas, je sais.


[Leur propre peur de la mort]


C'est «dire» qu'ils ne veulent pas. Mettre des mots sur l'inimaginable. Humains, nous ne pouvons nous figurer ni le fini, ni l'infini.
Nous sommes du peuple du bouger, du mouvement perpétuel. Nous agitons avant de reposer.

Je sais qu'ils savent. Je l'ai senti depuis longtemps. J'oberve leur ballet pour ne pas me le dire, pour masquer de stratagème, l'indicible qui s'avance. Je vois leurs mains qui se touchent, leurs fleurs, leurs chocolats, leurs gentilles attentions. Je vois leur amour dans leurs gestes, j'en comprends le pourquoi. Et Je les laisse faire à leur manière. A eux d'être présents, à eux de m'épargner d'en parler. C'est tout simplement la manière qu'ils auront maintenant de vivre. C'est tout simplement la manière qu'ils se choisissent. Car ils commencent ainsi leur nouvelle vie…




[Comment sait-on si l'on est mort ?]



(Nicolas me dit que je publie trop et qu'il n'a pas le temps de tout lire.
Je le remercie de cette forme de compliment !
J'essaierais donc à partir de cet article de vous faire un résumé,
un condensé, placé en exergue.
Ainsi vous pourrez ne pas tout lire, gagner du temps
et tout de même briller en société et en conversation.
C'est pas une bonne idée, ça ?)
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filaplomb 17/09/2006 10:05

Franssoit : ton intervention me ravit ! Ça me fait penser à cette chanson de Brel "j'arrive", tu connais ? La prise de conscience quoi !!!Et puis j'adoooore qu'on critique mon blog, je trouve ça touchant. Entre tu publies trop et trop le même article, me voilà épatamment (!!) éclairé sur mes lecteurs et lectrices !!! :-))))Je vais faire un aveu : j'ecris pour écrire. Ce qui m'intéresse, c'est juste de jouer avec les mots. Le sujet n'est qu'un prétexte !!!

franssoit 17/09/2006 09:58

Je ne sais pas si tu publies trop. Peut-être trop de fois le même article ?Ceci dit, la dernière fois que je suis mort, ça ne s'est pas passé du tout comme ça.Beaucoup plus direct, plus inattendu, pas de maladie qui fait mal, de vieillesse chiante avec des infirmière qui te prennent pour un con, les chéries. Pas de truc qui fait bip bip sur un chariot à roulette. Juste un con de clébard que j'ai essayé d'éviter, et un platane qui n'avait rien demandé.Penser à faire un billet sur un platane. Et sur les silhouettes noires en contre plaqué sur le bord des routes. Et les petits bouquets de fleurs en plastique.Et sur la tombe que j'ai vue l'autre jour à l'enterrement d'un collègue. J'étais en avance, histoire de pas rater le début. Alors j'ai fais le tour de l'église, avec son cimetière. Pas un cimetière pour se faire enterrer, non, ça fait un bout de temps qu'il est plein celui là. Près de l'entrée, la principale, celle du corbillard, il y a une tombe, avec mon prénom et mon nom. Et l'année du décès, c'est l'année de ma naissance. J'ai pris le relais de ce mec. Et j'ai mis 43 ans pour m'en apercevoir. J'espère que j'ai pas pris trop de retard.

joyce 17/09/2006 09:13

D'accord... Je n'ai pas le temps de lire l'article maintenant, alors je me suis offert le résumé. Mais je reviendrai.
Pas d'accord de s'en contenter. C'est comme ceux qui lisent unique la 4e de couv d'un bouquin et argumentent pendant des heures comme s'ils avaient savouré la moindre virgule à chaque page !