Un peu de littérature {Une histoire de baignade !]

Publié le par Filaplomb

Résumé : Un peu de littérature (une histoire de baignade dans un lac avec une meuf), un peu de colère à cause de le magazine LePoint qui prend encore les chômeurs pour des fainéants.

Citation : «Je m'en tiens à des termes simples, des phrases courtes et lui assène un raisonnement imparable.»





XXXXLe cormoran

XXXXNous nous sommes retrouvés au lac de Mokar sans que cela soit décidé par avance. La semaine précédente, déjà, nous y étions et je garde pour moi le souvenir d’un moment agréable. Il y a du monde dans les allées tortueuses. Je remarque les petits cailloux blancs et ronds qui en tracent le cours et les minuscules ogives de bois qui en soulignent les limites. Au delà de ces croisées menuisières, le gazon est fin, d’une multitude de verts mais encore un peu humide.

XXXXComme nous avançons, je regarde le lac et je désigne à L. les quelques entassements de roches qui surplombent le plan d’eau et où je propose que nous nous installions. L. est une jeune femme élancée, blonde aux cheveux très courts que je côtoie depuis peu. Il y a entre elle et moi cette sorte de connivence rieuse qui pourrait se transformer en autre chose pour peu qu’elle décide de la ressentir à son tour. Me touchent en elle, l’équilibre précaire de la gracilité (la finesse et la longueur des doigts, le rose léger des joues) et cette volonté farouche qu’elle oppose au monde. Très vite, nous voyons combien le courant, dans ses mystérieuses variations, vient inonder et recouvrir le peu d’à plat des promontoires. Cela nous interdit définitivement de nous y installer. D’un pas à peine, elle est sur le gazon de la berge, fait glisser ses vêtements, elle porte alors ce maillot de bain jaune paille, et s’avance dans l’eau sombre qui s’ouvre devant elle puis l’absorbe sans coup férir.

XXXXJe suis seul dans l’allée. Il y a les autres qui déambulent, des pères de famille, des enfants en tricycle ou avec des ballons colorés, des femmes épanouies par la marmaille mais je me sens seul. Je n’imagine pas me dévêtir sous leurs yeux, entrer nu et me baigner dans les eaux du lac. Or, je souhaite par dessus tout me baigner nu.

XXXXJe suis l’allée en remontant par la gauche dans l’espoir de trouver un lieu où me déshabiller discrètement. Je nage souvent dans cette tenue et cela ne me pose habituellement aucun problème. Assez vite, je constate combien les allées restent près des berges, si près le long et combien les bosquets trop rares et trop maigres ne me seront d’aucun secours. Cela me rend un peu triste. En y réfléchissant, j’ignore si ma tristesse provient de ne pouvoir pratiquer la natation ou simplement de la voir seule, surnageant et souriante. Elle flotte de tout son long, s’étire à la surface, glisse dans l’élément. J’aperçois parfois, par un dévoilement de l’onde, son nombril, la petite rondeur blanche du ventre, mais elle semble ne pas même se souvenir de moi. Ses bras laissent dans l’air de grands tracés brillants et j’admire, du fait des gouttes d’eau, la finesse de ses phalanges.

XXXXJe reviens sur mes pas, abandonnant toute idée de bain et finis par m’asseoir près du tas de ses vêtements. Elle me regarde alors en souriant et je crois que ses yeux s’éclairent avant qu’elle ne disparaisse sous la surface.
Il y a de longs instants comme séparés du monde, une zone entourée de pointillés où plus rien ne vit. Le silence s’étale comme une couverture, les promeneurs se figent ou n’avancent plus qu’au ralenti. J’observe avec soin le dessus du lac comme pour en percer un mystère dont je n’aurais pas encore conscience. Les derniers remous, les ridules, atteignent la platitude et plus rien n’a lieu.

XXXXElle réapparaît soudain, elle émerge, le visage baigné de lumière, le sourire puis les épaules, le creux des clavicules, les bras le long, la veine bleue de son poignet, les seins comme des coupelles inverses, les tétons figés par la fraîcheur et comme me désignant, la taille fine et l’os proéminent de la hanche de chaque côté, traçant et isolant la vallée étirée du ventre. Avec les mains en parallèle, elle s’égoutte le visage, la chevelure, il brille dans l’air des nuées de diamants. Elle s’assied à mes côtés, les jambes serrées face à elle, longues, pivote et me dévisage. Elle attrape une cigarette et se met à fumer, le regard perdu sur l’horizon et le centre du lac. Sont plantés là les restes d’un arbre, une ombre d’ossature où se détache sur le ciel, la forme noire, ciselée et immobile d’un cormoran aux ailes déployées.

XXXXAvec quelques efforts souples, elle enfile son jean et le pull la recouvre à nouveau.

XXXXNous marchons un peu en suivant les méandres de l’allée et je remarque qu’elle tient un livre à la main. Je me demande intérieurement si elle le transportait déjà tout à l’heure.

XXXXNous arrivons près d’une voiture dont les fenêtres sont ouvertes et qui est rangée le long du comptoir. C’est un bâtiment de béton peint en blanc dont on devine à l’observer un peu qu’il fut construit il y a longtemps pour durer quelques mois. Les deux jeunes femmes sont assises à l’avant. Elles sont vêtues de noir et d’une manière un peu recherchée. Leurs cils ont des courbes parfaites et celle qui est au volant a peint sa bouche de fuchsia. Je me penche alors pour lui dire combien je trouve cela joli, cette couleur. Elle acquiesce puis rétorque qu’elle n’aurait pas dû à cause du téléphone portable et, comme elle se tourne vers moi, je constate que le rose à lèvres s’est peu étalé au delà de la bouche et surtout que ses doigts de la main gauche en sont couverts sur les deux première phalanges.

XXXXNous nous installons à l’arrière, L. à ma gauche et je dis à la fille fuchsia que ça n’a pas d’importance puisque le secret c’est aussi que les hommes ne croient pas tant que ça au physique. Sa voisine se retourne alors vers moi, le regard un peu dur et me demande :

- Comment ça ?

XXXXJ’explique alors en détail et par un raisonnement limpide comment les hommes appréhendent la beauté de manière globale et sans s’en tenir aux détails ou bien alors juste quelques uns mais qui abondent dans le même sens. Elles semblent toutes peu convaincues, L. fait une moue dubitative et je ne suis moi-même plus très sûr de mes arguties.Le type de la friture se penche alors par dessus son comptoir et exige que je répète tout ça. C’est un homme épais, aux doigts courts et à la moustache multicolore. Je veux dire toutes les couleurs possibles d’une moustache en une seule. On sent bien qu’il ne plaisante pas. Une certaine agressivité envahit l’air, une sorte de défi. On saisit bien, à je ne sais quoi flottant par là, que s’il arrivait que ma réponse ne lui convienne pas, les choses pourraient se compliquer pour moi. Je me souviens alors du tablier blanc qu’il porte sur les cuisses, des larges tâches graisseuses qui le recouvrent et je me lance dans un nouveau discours. J’évite avec soin l’éloquence qu’il pourrait croire provocation. Je m’en tiens à des termes simples, des phrases courtes et lui assène un raisonnement imparable. Cela parle des hommes, de leur impondérable volonté de conquête, de leur soif et de l’étendue infinie des déserts. Il me scrute un instant, me zyeute, une hésitation lippue sous la moustache puis se redresse et vaque à son travail : Eplucher les patates, trancher les patates, cuire les patates, servir les clients.

XXXXJe dis alors à L. en souriant que je vais me rendre au supermarché. Il y a déjà pour moi un peu d’ennui à être assis dans cette voiture où rien ne se passe. J’essaie de remettre un peu de mouvement. Mais elle n’a pas l’air intéressée par cette idée. Il me semble alors, je semble comprendre, qu’elle apprécie ce vide où rien n’existe. Je vois sa vie comme un tissage large de coton blanc, une sorte de macramé où le plein et le vide de la maille forment ensemble le motif. Je regrette aussitôt mon annonce précipitée, de n’avoir pas auparavant tenté de mesurer sa propre envie. Me voilà à présent avec ce projet énoncé et je ne peux, sauf à paraître mou ou peu volontaire, y renoncer ou me dédire. Je cherche en vain en moi une raison, au moins une qui pourrait excuser que je ne parte pas mais la peur de me défausser est la plus forte et je me lève donc. J’ai encore l’espoir qu’elle va décider d’elle-même de me suivre, de nous garder ensemble mais, quand je me retourne pour clore la portière, elle n’a pas bougé. Je vois l’échange de regard entre elles dans le rétroviseur, le sourire un peu doux  Je ferme la porte et me penche :

- A tout à l’heure, dis-je

XXXXEt, me retournant, m’éloignant, me retrouvant chez moi et m'étendant sur le canapé bleu, m’inonde le sentiment que ma relation à L. en restera là.



Christophe Ono-Dit-Bio (genre de BHL raté !) ci-devant critique littéraire
à le magazine LePoint, profite lâchement d'un livre-à-la-con
pour nous refaire le coup de chômeur = fainéant !
Il n'a même pas vérifié une seule des informations qu'il avance !!!
Du coup, j'ai
contacté la rédaction de le magazine LePoint
pour leur demander un article rectificatif.
Peut-être que si on le dit tous, on sera entendu !
Même si on est plus que 2 millions et des poussières, ça fait du monde.
Sans compter les solidaires…
[Le mec, il fait 24 ans de chômage pour pondre un livre de 185 pages ! Fainéant !]


Sur la vision du chômage, vous avez un bon article ici
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Eric 02/10/2006 11:42

Bonne initiative. Cet article du Point et ce bouquin ne sont vraiment que des prétextes à fustiger les chômeurs. Des arguemntations malhônnêtes.

mlle k. 01/10/2006 11:37

j'adore la citation, là : «Je m'en tiens à des termes simples, des phrases courtes et lui assène un raisonnement imparable.»exactement le genre de choses que je suis infichue de faire, donc fortement admirative devant ceux qui y arrivent !:o)commentaire absolument nul, je sais, mais pas encore très réveillée... bonne journée !

filaplomb 01/10/2006 00:03

>Sacha : honte à toi ! Car devant la demande générale, j'ai institué la tradition en début d'article. Tu peux ainsi sans avoir perdu le temps à lire un article, tenir une conversation mondaine avec un autre internaute en commentaire (wahou certains jours, j'ai même deux connectés en même temps !!!). J'y ajoute une citation que tu pourras reprendre à ton compte comme preuve supplémentaire de ta lecture assidue !Mais là, même le résumé, tu l'as zappé !!! :-)))))[En plus t'as même pas laissé de lien ! Grrrr !]

Sacha 30/09/2006 23:51

Bonjour, je viens pour la promo (on n'est pas obligé de prouver qu'on a lu le billet, si?)... mais je passe mon tour pour le chômage, le système est trop pervers: ceux qui ne veulent pas bosser en profitent et ceux qui veulent bosser en pâtissent. Joker, donc. A bientôt, peut-être.