Le bon peuple (rentre tes blancs moutons !)

Publié le par Filaplomb


Agneau Anima - 25 cm


François Bayrou s'avance avec de la terre aux semelles. Il affiche ses origines provinciales et ses parents agriculteurs comme autant de supplément d'âme dont il serait porteur.
Il ré-invente la fracture entre les sphères dirigeantes parisiennes et ce bon sens populaire, forcèment populaire.

Je ne reviens pas sur la bêtise du concept de centre en politique.
Il suffit d'imaginer un Jean-François Copé et un Laurent Fabius bossant la main dans la main sous les ordres du Béarnais pour comprendre l'utopie.
[toi aussi amuse-toi chez toi à créer des couples centristes. Par exemple : Michèle Alliot-Marie avec Bertrand Delanoë].

Mais c'est plus grave que cela, vous allez voir.

La grande idée, la poutre maîtresse du concept c'est d'éponger la dette.

_Comment peuvent-ils vous faire des promesses dont-ils n'ont pas le premier sou ?
dit-il en se frappant le front comme on le fait pour exprimer l'évidence que tout le monde comprend (sauf «eux»).

_Il est fini le temps où l'on gagnait une élection à coup de promesses
 se récrie l'ancien ministre qui, lui, connait le poids de la parole donnée.

On a donc bien compris : plus de sous en caisse, cessons de rêver sur des choses impossibles. La situation est telle qu'il faut un gouvernement d'union nationale [tous derrière, tous derrière et lui devant] et de sévères mesures pour redresser les comptes.

Une fois ces grands principes rappelés, dramatisés et posés en préambule, il avance tout de même quelques idées :

_Deux emplois sans charges pour les petites entreprises.
[Si j'ai bien compris, elles sont un million et demi en France, je vous laisse faire le calcul].


_Les heures supplémentaires majorées à 35%, l'augmentation étant compensées sur les charges pour que ça ne coûte rien à personne
[sauf aux organismes sociaux mais bon…].


_Des bourses élevées aux étudiants en médecine qui acceptent de s'installer à la campagne après la fin de leur cursus
[la médecine c'est long comme études…].


_Réimplanter les services publics dans les villages.

_Exonération fiscale pour les revenus des brevets afin de doper la recherche.


Ce qui n'est déjà pas si mal pour un type qui annonce qu'on ne peut faire aucune promesse.
Mais il y a plus grave que cela, vous allez voir.

François Bayrou est un lettré et nous sommes d'accord, je pense, pour le définir comme un homme qui connait l'histoire politique du pays.

Il ne peut donc que savoir que c'est Doriot qui, après le Front Populaire de 1936, invente
une union nationale et appelle à un gouvernement «ni droite-ni gauche»  pour sauver le pays face au danger du communisme [Doriot étant lui-même un ancien communiste voulant se venger du Parti].

Il ne peut donc que savoir que c'est
en s'appuyant sur la méfiance du peuple contre les élites instables de la quatrième république que Pierre Poujade a réussi son ascension en politique [élevant avec lui un tout jeune Jean-Marie Le Pen opportuniste].

Il n'a bien sûr ni les déviances de l'un, ni le corporatisme de l'autre et aucune idée en commun avec ces deux dont il reprend pourtant les méthodes :
Comme le Front National, il se dit victime d'ostracisme de la part des médias.
Comme le Front National, il dit que les «autres» ne font rien depuis trente ans.
Comme le Front National, il dit «la droite» et «la gauche» pour décrire un système dont il ne ferait pas partie.

J'avais jusque là, beaucoup de respect pour François Bayrou.
Je viens soudain de comprendre qu'il travaille sa campagne et son message sur les même élèments que les pires populistes.
Et ça, voyez-vous, c'est vraiment grave.

Nicolas Sarkozy, à Sancerre,
a bu un verre de vin pour séduire
cette partie de l'électorat.
Gageons que, s'il parvient
à mettre le pied en banlieue,
il est prêt à partager un pétard
avec les jeunes des quartiers
pour obtenir leurs voix.
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filaplomb 28/02/2007 12:45

CédricA : le problème médiatique, je suis d'accord avec toi, c'est une honte pour tous les candidats. Pourtant il est le seul à utiliser cette astuce (peut-être un peu Sarko) de la communication populiste…Tu as ton avis sur Bayrou et je ne suis sans doute pas plus objectif que toi ! :-))8FR : c'est pas cher !

CedricA 28/02/2007 12:39

@filaplomb : dans une campagne exclusivement basée sur l'image et les petites phrases, comment veux-tu qu'il fasse Bayrou pour se faire entendre ? Soit il n'utilise aucune astuce et reste inaudible, soit il prend un "créneau porteur" et rentre dans le débat.Je n'ai pas le sentiment qu'il soit plus populiste qu'un Sarkozy ou une Royal, je dirais même carrément moins (mais je ne suis pas objectif parait-il).Et puis le "créneau porteur" choisi par Bayrou n'est pas un montage opportuniste mais une conviction sincère que nos institutions doivent être réformées, née du comportement de l'état UMP vis à vis du parlement.

jess 27/02/2007 21:27

Je n'assure vraiment pas des masses...

filaplomb 27/02/2007 20:25

Cat : ne rit pas mais Sarkozy est même allé jusqu'à boire un verre de vin pour faire plaisir aux vignerons.Après, il est allé raconter qu'il souhaitait qu'on puisse faire de la pub pour le vin, même les journalistes l'ont cru.Alors que lui dira qu'il était bourré !!!

Cat 27/02/2007 20:15

Quel genre de "pétard" en banlieue pour NS?-)(heureusement que tu écris des p'tits trucs après,ça permet d'écrire quelque chose de bête)