Tranche de vie (y'en a un peu plus, j'vous l'mets quand même ?)

Une tranche de Vermeer en hommage à Franssoit, découpeur en chef.
Quand ma copine est rentrée tout à l'heure, j'ai vu tout de suite que quelque chose n'allait pas.
Elle avait mis sa tête d'engueulade.
Vous savez, cette expression qu'elles prennent juste avant de décider si c'est crise de larmes dans la chambre ou vaisselle foutue dans la cuisine.
Mais là, c'était «chéri faut qu'on parle».
Il faut toujours qu'elle en fasse trop.
Peut-être un complexe de l'enfance.
Ou bien une manière de se venger d'un truc de la féminité.
Qu'est ce que j'en sais.
Si en plus il faut comprendre les femmes, on n'est pas arrivé.
Quoiqu'il en soit, elle a l'art de l'exagération.
Elle s'assoit à la table de la cuisine juste en face de moi.
Pose son coude sur le formica froid, l'enlève, respire.
Elle irradie de beauté rien qu'en aspirant de l'air.
Un truc curieux et déloyal.
Ses doigts se nouent entre eux pendant qu'elle parle.
Nervosité affichée, mais contenue.
Elle m'explique que je suis comme ci, que je fais toujours comme ça. Elle détaille mes comportements en général.
Je ne comprends pas bien pourquoi elle ne me parle que de moi.
_Pourquoi tu ne parles que de moi, questionnais-je à brûle-pourpoint
[j'aime bien mettre des jolies expressions françaises dans mes articles pour les lecteurs qui ne sont pas francophones de naissance].
Elle me regarde. Ne dit rien.
La pièce se tartine d'un silence onctueux.
Je ne sais vraiment pas pourquoi elle passe autant de temps à réfléchir sur ma personne. Elle imagine des scénarios les plus abracadabrants sur ce que pourrait être ma vie et se rend finalement malheureuse quand elle s'aperçoit que je ne suis pas son plan.
C'était distribué quel jour cette planification ?
Pourquoi ne peut-elle pas simplement être ?
Sans s'inventer de souffrance.
C'est idiot de se faire mal à soi même
oh comme elle l'aime son mal être
elle le garde au chaud près d'elle
et s'en garde toujours un peu.
Pour plus tard.
Viens, le petit mal être
l’escarre de la pensée
la pourriture molle des chairs du rêve
la grisaille de la fumée de l'usine à grisaille
Alors qu’il s’agit d’être
Qu'il suffit d'être
D'inventer le ciel bleu où se baigner
D'augmenter sa voilure en peau sensible
être
en meme temps que l'oiseau
que la pluie que l'arbre
que l'insecte
que l'enfant
que chaque humain inspirant quand j'inspire
être vivant en même temps que la vie.
Je ne sais pas ce qui empêche les gens.
Dont ma copine.
A être simplement ce qu'ils sont.
Ni plus, ni moins, mais bien.
Peut-être qu'ils se l'interdisent eux-mêmes, finalement.
Allez demain, on refait un peu de poltique
Ça suffit la littérature maintenant.
Ça suffit la littérature maintenant.
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