Sans titre (mais autrement noble !)
Là-bas, il y a Marcel.
Il parait qu'avant d'être dans la prison d'où qu'ils l'ont relâché, il avait presque étranglé sa femme sous l'entreprise de la bibine.
Enfin, pour nous, c'est surtout le gars qui répare les télécommandes.
Si vous saviez ce que ça nous colle comme problèmes les télécommandes. Mon vieux, c'est jamais la bonne fréquence ou c'est jamais les bonnes piles.
Marcel, il est doué pour remettre ça dans l'ordre.
Là-bas, il y a Suzanne.
Sur elle, j'sais rien.
Elle est arrivée un soir, elle puait tellement qu'on regrettait d'avoir un nez. Et pis, elle s'est installée avec nous.
Elle bosse au linge : elle recoud les boutons, elle donne un petit coup de fer et le voilà comme neuf.
Là-bas, il y a Rachid et Piotr.
Eux, c'est les Rois de la bicyclette. Vous leur donnez un tas de ferraille et deux roues et ils en font un vélo. Même deux des fois. Mais c'est pas toujours.
Là Hervé, l'intello.
Lui, il vérifie les livres.
Remarquez, ce n'est pas tellement besoin, mais je crois qu'il aime ça.
Et pis, quand même, c'est utile : c'est lui qui fixe les prix.
Regardez, un Dormesson de l'année dernière, ou p'têt' de l'année encore avant, j'suis plus bien c'est truc-là.
Ah c'est noté : deux euros.
Ah il est dur, le Hervé.
Tiens, y'a Salima, aussi.
La belle Salima avec ses yeux brillants, ses boucles brunes et ses formes à épater les mirettes.
Salima la cuistaude.
Un peu la femme des rêves de chacun mais la mère de tous.
Une utopie faite femme.
Vous voyez, m'ssieur, on n'a pas grand chose à nous mais on a encore ceux-là à aider…
Il parait qu'avant d'être dans la prison d'où qu'ils l'ont relâché, il avait presque étranglé sa femme sous l'entreprise de la bibine.
Enfin, pour nous, c'est surtout le gars qui répare les télécommandes.
Si vous saviez ce que ça nous colle comme problèmes les télécommandes. Mon vieux, c'est jamais la bonne fréquence ou c'est jamais les bonnes piles.
Marcel, il est doué pour remettre ça dans l'ordre.
Là-bas, il y a Suzanne.
Sur elle, j'sais rien.
Elle est arrivée un soir, elle puait tellement qu'on regrettait d'avoir un nez. Et pis, elle s'est installée avec nous.
Elle bosse au linge : elle recoud les boutons, elle donne un petit coup de fer et le voilà comme neuf.
Là-bas, il y a Rachid et Piotr.
Eux, c'est les Rois de la bicyclette. Vous leur donnez un tas de ferraille et deux roues et ils en font un vélo. Même deux des fois. Mais c'est pas toujours.
Là Hervé, l'intello.
Lui, il vérifie les livres.
Remarquez, ce n'est pas tellement besoin, mais je crois qu'il aime ça.
Et pis, quand même, c'est utile : c'est lui qui fixe les prix.
Regardez, un Dormesson de l'année dernière, ou p'têt' de l'année encore avant, j'suis plus bien c'est truc-là.
Ah c'est noté : deux euros.
Ah il est dur, le Hervé.
Tiens, y'a Salima, aussi.
La belle Salima avec ses yeux brillants, ses boucles brunes et ses formes à épater les mirettes.
Salima la cuistaude.
Un peu la femme des rêves de chacun mais la mère de tous.
Une utopie faite femme.
Vous voyez, m'ssieur, on n'a pas grand chose à nous mais on a encore ceux-là à aider…
L'hommage est unanime pour l'abbé Pierre.
Chacun un petit discours, une petite courbette devant la petite dépouille du petit père des petits.
Même Nicolas Sarkozy dont pourtant, chaque administré porte au front la honte du refus du logement social.
Les pouilleux, les miséreux, les pauvres, les hères, les bannis, les sans-logis, les sdf, les clodos, la cour des miracles du système libéral qui ne mesure tout qu'en capacité monétaire, les expulsés, ils sont encore là.
Nicolas Sarkozy est comme le dernier des mendiants.
Ségolène Royal est comme la dernière des catins.
Jean-Marie Le Pen est comme le plus vil des maquereaux.
François Bayrou est comme le prisonnier au cachot.
Chacun se vaut quand il est question de l'essentiel, c'était ça le message.
J'imagine avec peine le nombre de prénoms qui, ce soir, pensent à lui comme à quelqu'un à qui ils doivent de s'en être sortis. La longue litanie des prénoms de ceux qui, ne serait-ce que directement, durant les cinquante dernières années, ont reçu son aide.
La liste des portes fermées, des bureaux où l'on refuse, la misère qui progresse encore, cinquante ans de résistance à l'usure du marché libre qui avance et détruit librement.
Et qui, maintenant, pour s'opposer à cette logique de l'argent roi dans notre communauté ?
«L'honneur, c'est quand le fort
s'applique à aider le moins fort».
Abbé Pierre, Assemblée Nationale,
24 janvier 2006.
s'applique à aider le moins fort».
Abbé Pierre, Assemblée Nationale,
24 janvier 2006.
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